• Chapitre 1 - Le Porteur de Lumière

     

    Cette histoire a été écrite en fin 2015. Une version rebootée et mieux faite verra le jour dans quelques années.

    ________________________

    Il est entré dans nos vies, un beau jour, sans crier gare.

     

    Ce jour-là, nous étions loin de nous douter que cet Homme changerait la face du monde. Ses agissement allaient bouleverser ma vie, celle de mon frère ainé, celle de mon fiancé… et toutes les autres.

     

    Et pourtant, malgré le raz de marée causé par Sa venue, les larmes versées… tous ces sacrifices étaient essentiels. Pour Sauver le Monde.

     

    Pour Sauver le Peuple.

     

    Que sont quelques souffrances passagères et si… humainement terre à terre… lorsque le Fils de l’Homme se sacrifie pour nous et délivre ainsi son plus Grand Message d’Amour… ?

     

    ~

     

    J’ai grandi dans une petite ville, aux abords de la Capitale Lutéçarem.

     

    En ce temps-là, une menace plane et l’on devine qu’une Guerre peut éclater à tout moment. Si je dois l’expliquer simplement, je dirais que deux grands clans s’affrontent. Les Croyants, attachés à un Dieu, aux Temples, aux Commandements Anciens et aux Rituels s’opposent aux Athés qui dirigent le Pays et qui ne croient pas spécialement en l’existence d’une « Puissance », d’un « Au-delà » ou d’un « Royaume des Cieux. »

     

    Les Athés laissent plus ou moins les Croyants tranquilles, pour peu que ces derniers n’essayent pas de prendre le pouvoir et qu’ils n’obligent personne à rejoindre leur clan.

     

    Il arrive également que l’on trouve des entraides entre Croyants et Athés. Tout comme il arrive que l’on retrouve un Croyant sauvagement assassiné, sans raison, au nom du Roi. Ou qu’un Athé soit tué parce qu’il s’est moqué d’une icône dans un Temple. Autant de gestes et de morts qui laissent entendre qu’un jour ou l’autre tout prendra des proportions monstrueuses et dramatiques.

     

     

     

    Depuis notre petite ville, j’ai conscience de ces conflits qui se produisent un peu partout, surtout dans les grandes villes, mais je préfère ne pas trop y penser. Comme beaucoup d’autres, j’ai appris à vivre avec. Et surtout, je ne vois pas comment la situation pourrait être changée.

     

    Mon enfance est loin d’être malheureuse. Mes parents nous ont quittés tragiquement, alors que j’étais encore bien trop jeune pour m’en souvenir, en nous laissant largement de quoi vivre. Mon grand frère, Judas, s’est toujours assuré de subvenir à nos besoins. C’est un Enseignant à présent et grâce à ses connaissances il gagne bien sa vie et sait parfaitement gérer nos finances. De plus, nos voisines Marthe et Marie m’ont prise sous leurs ailes très rapidement pour s’assurer que je ne manquerai pas de repères féminins et maternels. Lorsque Judas devait s’absenter pour ses études, il me confiait toujours à elles. Il a une confiance aveugle en Marthe et Marie… et je suppose que le fait que leur frère, Lazare, soit son meilleur ami également, n’a absolument rien à avoir avec sa décision…

     

    Donc oui, j’ai grandi en compagnie de mon frère, de son ami et des sœurs de ce dernier. Deux familles différentes par le Sang, mais une seule et grande famille dans le Cœur.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Comme d’habitude, ou presque, je suis en compagnie de Marie, dans sa maison. Elle m’apprend tous les secrets de la couture, de la broderie et du tricot.

     

    Le dos un peu douloureux à force d’être penchée sur ma machine à coudre, qui semble avoir décidé de faire grève pendant un ourlet, je hume la bonne odeur provenant de la cuisine. Marthe est aux fourneaux et ça sent divinement bon !

     

    - Tu t’en sors ? me demande Marie avec un sourire amusé.

     

    J’acquiesce du menton en donnant un coup de pied à la pédale de la machine qui se remet miraculeusement en route, au risque de me coudre les doigts sur le tissu.

     

    Je préfère broder et tricoter, je crois…

     

    - Ils arrivent ! nous prévient Marthe depuis ses casseroles.

     

    Effectivement, nul besoin de vraiment tendre l’oreille pour entendre le chemin de graviers qui crisse bientôt, annonçant le retour de Lazare et Judas à la maison. Leurs voix joviales se font entendre. Depuis le berceau, ils se connaissent et ils ont toujours quelque chose à se raconter, tout le temps ! Il m’arrive parfois de me demander comment ça se fait qu’ils n’ont pas encore épuisé tous les sujets possibles et imaginables de la Terre entière.

     

    - C’est nouuuuus ! clame Lazare en pénétrant dans la maison.

     

    - On saiiiit ! répond Marie sur le même ton.

     

    Un sourire se peint sur mes lèvres. J’aime cette bonne ambiance qui règne entre nous tous. Pour rien au monde, je ne voudrais qu’elle change.

     

    Sans bruit, Judas entre dans le salon et se dirige vers moi. Machinalement, je redresse la tête tandis que ses lèvres effleurent mon front pour me saluer.

     

    - Bonne journée ? s’enquiert-il tandis que ses yeux verts parcourent rapidement la jupe sur laquelle je travaille.

     

    - Ouais.

     

    Il sourit, son regard s’adoucit davantage.

     

    C’est un frère aimant, on ne peut vraiment pas dire le contraire de sa part. Je n’ai jamais eu à me plaindre de lui, il a toujours été là pour moi et sans lui je serai certainement bien malheureuse.

     

    - Et toi ?

     

    Un petit rire insouciant franchit ses lèvres tandis qu’il passe la main dans ses cheveux châtain tirant sur le blond.

     

    - Comme d’habitude. J’ai des élèves attentifs et d’autres que tu as envie de cogner les uns contre les autres en espérant que ça va secouer leurs cervelles.

     

    - Tu as bien du courage de continuer dans l’Enseignement, commente Lazare en nous rejoignant à son tour. Entre les ignorants et ceux qui croient tout savoir mais qui sont encore plus ignorants que les ignorants…

     

    - C’est profond ça, ironise mon frère. Si au moins j’arrive à leur apprendre quelque chose et qu’ils ne comprennent pas trop de travers, c’est déjà pas mal.

     

    Marie s’éclipse en silence pour aider sa sœur à dresser la table pour le dîner dans la cuisine. J’hésite à arrêter ma couture et à les rejoindre ou à rester avec les deux hommes. Oh, je ne les dérange pas, je le sais. Mais…

     

    Mes yeux quittent un instant mes mains guidant l’aiguille qui avance à petits sauts sur le tissu. Lazare.

     

    Si Marie et Marthe sont comme des sœurs, je ne peux pas dire que Lazare compte comme un frère. J’ai déjà Judas dans ce rôle et il est unique. J’adore Lazare mais pas de cette manière fraternelle. C’est quelque chose d’autre. Ça a toujours été quelque chose d’autre. Du moins, pour moi. Quelque chose de différent. J’ai confiance en lui, j’adore être en sa présence et humer discrètement l’odeur de Thym Sauvage qui émane de sa personne. Je sens mon cœur faire des bonds dans ma poitrine chaque fois que son regard bleu nuit se pose sur moi.

     

    J’ai compris que j’étais amoureuse de lui quand j’ai entendu parler de la notion « d’amour ». Je n’ai jamais osé lui avouer, j’aurai trop peur de tout gâcher. Je préfère de loin le garder comme un espèce de deuxième-grand-frère-qui-n’est-pas-un-frère plutôt que de prendre le moindre risque qu’il se mette à m’éviter pour que j’arrête de me faire des idées. Jamais il n’a laissé entendre que je l’intéressais autrement qu’en « petite sœur de Judas mon meilleur ami ». On est bien assez complice comme ça, lui et moi.

     

    J’admire la façon dont Laz passe sa main dans ses longs cheveux noirs légèrement ondulés.

     

    et je capte le regard vert de mon frère, dont le sourcil droit est légèrement relevé, l’air interrogateur.

     

    Prise en flagrant délit !

     

    Je replonge le nez dans ma couture en espérant qu’il ne va surtout pas poser de questions maintenant.

     

    - A ton avis, ça va aller jusqu’où ces émeutes entre les Athés et les Croyants ? demande soudain Lazare à mon frère tout en s’asseyant sur le rebord de ma table de travail.

     

    - J’en ai aucune idée, répond distraitement Judas en jouant avec ma pelote d’épingles en forme de citrouille. Pour l’instant, c’est assez calme mais ça ne durera pas. C’est tellement idiot ces conflits…

     

    Lazare approuve d’un vigoureux hochement de tête :

     

    - Il faudrait quelqu’un pour unifier tout ça. Rien que parmi les Croyants, il y a déjà des divergences, je parie que c’est pareil de l’autre côté. Pourquoi est-ce si compliqué d’unifier ces clans en un seul grand peuple… ?

     

    - Parce que les Hommes restent centrés sur leur propre version des choses et ne se remettent que rarement en question, je suppose.

     

    Je les écoute sans intervenir. C’est souvent que tous les deux peuvent partir en discussion interminable sur l’humanité, sur les prophéties aussi… surtout celle annonçant le  « Messie », le « Fils de l’Homme ». Ils se demandent comment ce dernier agira. S’il aidera seulement le peuple des Croyants en se débarrassant des Athés une bonne fois pour toute, ou s’il agira d’une manière différente qui surprendra tout le monde.

     

    J’inspecte l’onglet de ma jupe avec soin. Surtout pour éviter de regarder Lazare. Je ne m’en suis pas trop mal tirée, on dirait.

     

    - Sara ?

     

    Je lève les yeux vers mon frère.

     

    - Tu vas au marché, demain ?

     

    J’opine du chef. Chaque semaine, il y a un grand marché à Lutéçarem. Il m’arrive d’y aller seule ou avec Marthe pour aller vendre des pièces uniques en couture et pour faire également quelques acquisitions.

     

    - Je partirai avec toi, alors. Par contre, je vais finir les cours tard, il ne faudra pas que tu m’attendes. Et tu rentres avant la nuit, d’accord ?

     

    - Oui, oui.

     

    Mon ton est un peu blasé, mais je souris à l’intérieur de le voir me faire encore et toujours les mêmes recommandations chaque semaine.

     

    Lazare descend de la table :

     

    - J’ai faim ! Je vais voir si c’est bientôt prêt !

     

    Il faut plutôt traduire par-là : « J’ai envie d’aller enquiquiner mes sœurs ».

     

    Amusée, je le regarde quitter le salon et j’entends bientôt des éclats de rire provenir de la cuisine.

     

    - Sara ?

     

    - Ouiiiiiiii ? Si c’est pour me dire d’éviter de parler aux inconnus lorsque je serai au marché, tu peux toujours attendre ! Je ne vendrais jamais rien sinon !

     

    Judas rit encore, doucement. Debout en face de moi, il tend la main par-dessus ma machine à coudre et pose ses doigts chauds sur le sommet de ma tête.

     

    - Il te plaît, n’est-ce pas… ?

     

    Aïe…

     

    - Qui ça ?

     

    Faire l’autruche, ça c’est une bonne idée.

     

    - Tu sais bien de qui je parle, Sara. J’ai bien vu la façon dont tu regardes Lazare depuis quelques mois.

     

    Un peu nerveuse, je triture la jupe terminée entre mes mains et baisse les yeux. Je ne peux pas nier. Mes joues sont soudain un peu plus brûlantes.

     

    - Ne lui dis pas, Judas… S’il le sait, il va se comporter différemment, il sera surement beaucoup plus distant.

     

    - Tu pars du principe qu’il ne ressent rien pour toi, petite sœur. Qu’en sais-tu ?

     

    - Ne me donne pas de faux espoirs. Il n’a jamais laissé entendre quoi que ce soit à ce sujet.

     

    Mon frère écarte les mèches qui tombent devant mes yeux en remarquant avec calme :

     

    - Et toi ? Tu as laissé entendre quoi que ce soit ? Il est peut-être dans la même situation, à attendre et sans savoir s’il doit ou non te parler.

     

    - Ce serait trop beau… non… ? Tu es celui à qui il confie tout, il t’a déjà parlé de moi autrement qu’en…amie… ?

     

    - Pas explicitement. Toutefois, je sais qu’il te voue une profonde affection et que lorsqu’il sortait avec des filles, il ne pouvait pas s’empêcher de rompre au bout d’un moment.

     

    Je fronce légèrement les sourcils en faisant la moue :

     

    - Argument refusé, il ne rompait pas à cause de moi.

     

    - A chaque fois, il te comparait à elles.

     

    aah… touchée… je sers d’exemple…

     

    Silencieuse, je ne sais pas quoi répondre. Je ne sais pas si je dois la jouer un peu lâche et demander à Judas de faire les dames marieuses entre son meilleur ami et moi-même. Ou si je dois lui demander de ne surtout rien dire, rien faire. Ou si je me décide à prendre mon courage à deux mains pour aller parler à Lazare, en ayant conscience des risques que ça comporte… mais aussi du bonheur que je pourrais ressentir si par hasard mes rêves se réalisaient.

     

    Marie nous appelle à table, me tirant de mes pensées et mettant fin à ces confidences pour ce soir.

     

     

     

    Judas n’a pas ré-abordé le sujet lorsque nous avons quitté nos adorables voisins et que nous sommes rentrés dans notre maison en traversant le jardin. Il faut vraiment que je prenne le temps de réfléchir.

     


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