• Chapitre 20 - Le Porteur de Lumière

    Avec soin, je ferme le cahier devant moi, sur lequel je viens d’apposer le point final. Dans ces quelques pages, j’ai écrit mon histoire personnelle, les souvenirs qui me paraissent importants, les lettres froissées et abimées de Judas lorsqu’il nous écrivait pendant son voyage… Une façon de me rappeler toujours ce que nous avons vécu et une façon de garder Lazare à mes côtés bien que la mort l’ait à nouveau emporté, il y a trois ans à présent. Mais cette fois, c’était supportable. Je sais qu’il est heureux là où il se trouve et que je le retrouverai un jour dans ce Jardin dont il m’a parlé. Et puis, il a vécu quand même pendant dix-huit ans depuis que Jésus l’a sorti du Tombeau, ce qui est plutôt pas mal ! Dix huit années durant lesquelles nous avons voyagé pour répandre la Parole de Jésus et son Message, en compagnie de certains des Disciples, de Marie et de Marthe. Puis, au fur et à mesure, les proches Disciples se sont éloignés dans des pays encore plus lointain et nous avons décidé de nous installer dans une ville en bord de mer, Provenço. J’ai repris mon activité de couture avec mes belles-sœurs tandis que Lazare devenait un personnage de plus en plus important dans notre ville. Les gens venaient souvent le voir pour lui demander de raconter encore comment c’était avec le Prophète Jésus, ils lui demandaient aussi des conseils, qu’aurait dits Jésus dans telle ou telle situation… Sans avoir la popularité de notre Ami ou de Feu Jean le Baptiste, il pouvait transmettre un peu de Connaissance, de Paix et d’Amour. Lorsqu’il est mort, toute la ville sans exception est venue lui rendre hommage et exprimer ses regrets d’avoir perdu une aussi belle personne.

     

    Je me lève du bureau en laissant le carnet bien en vue, Marthe voudra le lire, ça ne fait aucun doute, et gagne ma chambre aux senteurs de lavande.

    Il fait chaud ce soir. J’entrouvre la fenêtre pour avoir un peu d’air frais et tressaille alors que le vent m’apporte une odeur familière et pourtant impossible.

    Thym Sauvage.

    Il n’en pousse pas par ici.

    Une présence se fait sentir dans mon dos et je me retourne, le cœur battant, sans oser y croire.

    Lazare me sourit et ouvre les bras. Sans hésiter, sans me poser de questions, je me précipite vers lui et le serre. Après toutes ces années, plus rien ne m’étonne avec les morts et les ressuscités…

    - J’ai droit à une visite ?

    Il m’enlace en m’embrassant dans les cheveux :

    - Disons plus exactement que je viens te chercher. Tu as terminé ce que tu avais à faire dans cette vie. Tu peux encore rester un peu, si tu le souhaites… mais tu peux aussi repartir avec moi.

    - Tu es en train de dire que je peux décider de mourir là ? Tout de suite ?

    - Exactement.

    - Et m’envoyer un petit mot pour me demander de réfléchir à la question, c’était trop demandé ?

    Lazare rit. Son rire m’a tellement manqué…

    Il est vrai que le quotidien est des plus banals et qu’à présent que j’ai terminé mon carnet, je n’ai pas l’impression que grand-chose me retienne ici.

    - Et je te connais assez pour savoir que tu sais prendre rapidement tes décisions, ma jolie Sara.

    - Et tu me connais assez pour savoir que maintenant que je t’ai vu, je n’ai pas envie que tu repartes sans moi… Vivre sans toi, c’est faisable bien sûr, mais tu me manques beaucoup.

    Lazare me soulève dans ses bras et m’assoit sur le lit, avant de prendre place lui-même sur le rebord du matelas.

    - Je suis juste indécise à cause de tes sœurs…

    Son regard bleu nuit devient très doux :

    - Si c’est là ta seule inquiétude, tu peux l’oublier. Je ferai en sorte que ton départ ne leur soit pas douloureux.

    Je hausse un sourcil :

    - Tu peux faire ça ?

    Un sourire mystérieux étire ses lèvres toujours aussi parfaites :

    - C’est mon job, d’aider les gens à accepter l’idée de la mort, entre autre…

    -Ton job… ?

    Elles jaillissent alors dans son dos. Deux grandes ailes d’un argent pur aux reflets de lumière dorée et dégageant une aura très douce, d’une couleur or pâle.

    - Tu es… un Ange… ?

    - Un Archange précisément, corrige-t-il. A présent, on m’appelle Azrael, l’Archange de la Mort.

    - Azrael… ?

    - Une idée de ton frère chéri. On se disait que ça serait pas mal de me donner un nouveau nom avec ma nouvelle fonction, et Judas a composé ce prénom à partir des lettres de « Lazare ».

    Lazare le Ressuscité est devenu L’Archange de la Mort…et il me propose de partir avec lui…voilà beaucoup de nouvelles à encaisser en peu de temps.

    - Judas…

    - Il va bien et il est impatient de te revoir, achève Lazare d’une voix douce.

    Mon Judas… Mon Grand Frère… Il ne se passe pas un jour sans que j’aie une pensée pour lui.

    Silencieuse, j’observe ma chambre en réfléchissant à toutes ces années passées et au choix que l’on me donne maintenant. Je finis par reporter mon attention sur l’Archange assis sur mon lit et qui attend sagement ma décision. Il a raison, je n’ai plus rien à faire ici. Nul besoin d’ouvrir la bouche, il comprend instantanément que je veux le suivre, rester à ses côtés, retrouver Judas, Jésus…

    Sans un bruit, il se rapproche. Ses mains se posent sur mes joues, avec cette tendresse qui a toujours fait partie de lui, et ses ailes viennent m’envelopper, m’enfermant dans un cocon douillet de plumes où nous sommes justes tous les deux. Je ferme les yeux quand ses lèvres viennent cueillir les miennes et je me sens légère… si légère…

    J’ai vaguement conscience d’un changement de pression atmosphérique, que nous quittons la maison pour aller ailleurs.

    Et puis, un courant d’air passe entre les plumes qui frémissent et Lazare rouvre les ailes avant de les replier dans son dos.

    Je suis dans le Jardin.

    A quelques mètres à peine, se dresse un Olivier. Adossé contre le tronc, Jésus sourit, plus resplendissant que jamais. Et perché sur une branche, Judas me fait des grands signes.

     

    ~

    Ce qui est issu de l’Esprit est Esprit.

    Le Vent souffle là où il veut. Tu en entends le bruit, mais tu ignores d’où il arrive et vers quoi il va. Il en est ainsi de tout Homme né de l’Esprit.

    Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point et trouve la Vie Eternelle dans le Royaume des Cieux. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le Monde pour qu’il juge le Monde… mais pour que le Monde puisse être sauvé par Lui.

     

    Fin


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