• Chapitre 9 - Le Porteur de Lumière

    Une lettre était arrivée au matin, adressée à Jésus. Il est extrêmement rare qu’il reçoive du courrier et tout de suite, ça nous a interpellés.

    Sans un mot, notre Cher Ami a lu les quelques lignes inscrites, son visage s’est teinté d’une profonde tristesse, puis il est sorti de la maison sans rien dire… cherchant visiblement à s’isoler. Lorsque Lazare et moi avons raconté cet épisode à Judas, son expression s’est immédiatement fermée :

    - Je ne vous l’avais pas dit pour ne pas gâcher votre bonheur mais… le jour où Jésus était au Temple, son cousin Jean a été arrêté par le Roi.

    La nouvelle me laisse sans voix. Je n’avais dû voir ce Jean que cinq ou six fois au cours de ces dernières années, mais je l’avais pris en affection. Lazare écarquille les yeux, tout aussi surpris :

    - Pour quel motif ?

    - J’ignore le motif officiel… La vérité, c’est que Jean le Baptiste commençait à prendre trop d’importance aux yeux des Souverains. Ils ont du se mettre en tête qu’il allait ériger une armée de Croyants pour renverser le Pouvoir. Ses interpellations du genre « vend tout tes biens et donne l’argent aux pauvres, tu seras alors sauvé par Dieu » ont commencé à les agacer sérieusement et ils ont pris ça pour des attaques personnelles. Et ajoutez à ça qu’il y a des vrais idiots qui ont tué des Athés, au nom de Jean, alors qu’il n’a absolument rien à voir là-dedans !

    - Les imbéciles ! crache Lazare. Ils n’ont rien compris, eux !

    Judas hoche la tête, le regard sombre :

    - Je pense qu’il aurait été facile de mener l’enquête et de prouver son innocence sur ces meurtres, mais vous pensez bien qu’ils ont été trop  contents justement d’avoir ce prétexte sous la main…

    Le visage triste de Jésus danse devant mes yeux. Je me mords les lèvres :

    - Alors cette lettre, tu crois que… qu’ils l’ont mis à mort… ?

    - Pas à ce point quand même… s’inquiète Lazare en regardant Judas avec l’espoir que ce dernier lui donnera raison.

    Mon frère baisse les yeux :

    - J’en ai bien peur, Sara.

    - Mais…

    La main de Judas se pose sur mon épaule :

    - Pour que Jésus puisse bien entrer en scène et que son Destin s’accomplisse, il fallait que Jean… parte. Si son cousin était resté, il aurait gardé sa popularité avec son Baptême et Jésus aurait alors perdu de son importance. A présent, Jésus est seul sur scène.

    - Le moment est donc venu pour vous de repartir… murmure Lazare. Et de montrer au Monde que le Messie est là…

    Ma gorge est nouée par le chagrin. J’ai de la peine pour Jésus. Nous savons qu’il a un grand Destin à accomplir, il est bien trop exceptionnel pour rester dans l’Ombre et ne jamais se faire remarquer. Mais, c’est à cet instant que je prends conscience que cette Destinée, aussi grande et belle soit-elle au final, sera forcément teinté par de douloureuses épreuves… aussi bien pour lui, que pour ses proches…

     

     

    Judas :

    Jésus est rentré tard, ce soir-là. Nous avions déjà dîné et les deux tourtereaux étaient partis se coucher. Moi, j’attendais son retour, je ne voulais pas qu’il aille au lit sans que je lui ai au moins exprimé ma compassion la plus profonde pour la mauvaise nouvelle qu’il avait reçu tantôt dans la journée.

    Je toque à la porte de sa chambre et j’entre sans attendre son accord. Il est accoudé à la fenêtre ouverte, le regard perdu dans le jardin.

    - Tient… Sara t’a préparé un petit casse-croûte.

    Je lui présente l’assiette sur laquelle repose un sandwich. Il le prend d’un geste machinal et commence à manger.

    - Je suis désolé pour Jean…

    Le regard perdu dans le lointain, Jésus répond à mi-voix :

    - Cela devait s’accomplir ainsi.

    - Oui, mais… ce n’est pas pour autant que c’est… plaisant à vivre.

    Sa tête se tourne vers moi. Ses grands et beaux yeux clairs me dévisagent tandis que j’ajoute à mi-voix :

    - Même le Fils de Dieu a le droit de pleurer ses morts… Tu es peut-être promis à quelque chose de grand, mais tu as aussi une part humaine…

    A croire qu’il attendait que je lui dise ça, que je lui donne cette permission. J’en suis persuadé, même s’il a été triste toute la journée, il n’a pas pleuré. Et là, je vois une larme briller au coin de son œil gauche et couler lentement le long de sa joue. Jésus pleure. Et c’est magnifique à voir...

    Je continue dans un murmure, désireux de faire mon possible pour le soulager dans sa Quête :

    - Tu sais que je suis là, Jésus, je serai toujours là pour toi… Devant les autres, je sais que tu dois adopter certaines attitudes pour montrer l’exemple et tout ça, mais avec moi, tu peux… être toi-même. Ne pas te forcer. Avec Lazare et Sara, tu peux aussi te laisser aller tranquillement. Tu peux compter sur nous à tout instant.

    Mon Ami acquiesce légèrement et pose le sandwich à peine entamé et l’assiette sur la commode près de lui. Un instant plus tard, sa main droite se pose sur mon épaule gauche et son front s’appuie sur mon épaule droite. Il ferme les yeux. Et je passe mes bras autour de lui, essayant de lui faire passer toute ma compassion et ma force, pour qu’il tienne le coup face au Destin qui se profile.

    Je resterai près de lui. Jusqu’au bout.


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