• Quelques petites informations concernant l’univers de « L’Ange de la Mort »

     

     

     

    En 2009, en fin mai ou début juin, une amie me dit qu’un concours est organisé (par les éditeurs Michel Lafond, il me semble) et qu’on peut envoyer un manuscrit d’une histoire. Je suis mitigée lorsqu’elle me dit ça. D’abord, je suis contente, parce que les concours où tu peux proposer des « vrais » romans, c’est pas courant à ce moment-là, en général on demande surtout des « nouvelles »…. Et je n’aime pas écrire des nouvelles. Là où j’ai plus de réticences, c’est qu’à ce moment-là, je n’ai AUCUNE histoire « originale » sous la main, j’écrivais déjà pas mal de fanfiction et bien entendu, pas question de présenter une fanfic (en plus, elles étaient pourries) à un concours ! Certes, j’avais terminé, une petite histoire policière « originale », mais je ne l’estimais pas assez bien pour être présentée. Autrement dit, si je voulais participer, il fallait que je ponde une histoire pour le concours… en quatre mois. A ce moment-là, je savais déjà que j’avais mon mois de juin fort occupé puisque je devais partir en stage de secrétariat (j’étais en fin de première année BEP) et je devais également partir en vacances en Juillet. Je n’étais pas très sûre d’avoir le temps de pouvoir pondre un manuscrit correct en quelques semaines, surtout que nous avions des critères précis à respecter et que le résultat final ne pouvait pas être un bouquin d’à peine 100 pages.

     

    J’hésite. J’hésite. Mais finalement, je me lance en me disant qu’au pire, si j’ai pas fini à temps (il fallait rendre les manuscrits le 30 septembre au plus tard), ma vie n’allait pas prendre fin.

     

    Mais… une idée ? Bon sang de bois, trouve une idée !!

     

    A cette époque, j’aimais beaucoup la série télévisée « Buffy Contre les Vampires » et j’avais suivi, longtemps, la série « Charmed », même si j’avais fini par décrocher de cette dernière. (j’ai une large préférence pour Buffy). Je crois que quand on est familier avec ces deux séries, on devine qu’elles m’ont inspiré. Le coup d’un univers magique avec des « chasses aux démons », tout ça… c’est très Buffy/Charmed. Toutefois, je n’ai fait que m’inspirer de ces univers, je ne me suis pas permise de plagier. Charmed m’avait marqué par sa saison 6 qui met en scène un personnage, Chris… il est le fils, venu du futur, de Piper, et son séjour dans le présent a pour but de découvrir pourquoi les choses ont dégénérés dans le futur…. Tiens, tiens, on dirait l’intrigue de mon histoire… Ce qui m’avait encore le plus marqué, c’est qu’il y a justement un épisode où Chris risque d’être emmené par un Ange de la Mort parce qu’il est voué à disparaitre. L’Ange de la Mort ne fait qu’une apparition dans un seul épisode, mais ça m’a marqué et je me suis dis que je tenais peut-être quelque chose….

     

    Les histoires de retour dans le temps, j’aime bien ! Et cette histoire d’Ange de la Mort… hm… n’y aurait-il pas quelque chose à creuser ?

     

    Hop, nous partirons donc sur une jeune fille qui veut sauver le futur et qui remonte dans le temps pour trouver l’élément déclencheur qui a tout fait basculer. Mais il m’apparait rapidement que si elle rencontre ses parents, elle ne leur dira pas d’où elle vient, ni qui elle est.

     

    Immédiatement, j’ai décidé de faire intervenir également un Ange de la Mort, en la personne de Lazare. Son nom à lui a été facile à trouver… dans la mesure où son personnage allait ressusciter, quoi de mieux que de lui donner le nom de « Lazare » en référence à Lazare de Béthanie, ami que Jésus ressuscite dans le nouveau Testament ?

     

    Par contre, le nom de Tilla a été plus long à trouver. Dans les tous premiers brouillons, elle s’appelait « Rika » par défaut, en référence à un personnage de « Higurashi » qui trafique également le temps. Puis, je l’ai appelé « Hope » dans la première version officielle, celle que j’ai envoyé au concours.

     

    De même, « Le Fourvoyeur » s’appelait à l’époque « Master »… et Domitien s’appelait « Richard ». Paye ton originalité.

     

    Le prénom « Tilla » est en lien avec une idée de triomphe et, je viens de voir en cherchant sur internet, que c’était également un dérivé de « Domitien »… amusant.

     

    Amusant d’autant plus que je suis incapable de me souvenir pourquoi j’ai choisi précisément les noms de Tilla et Domitien pour la version définitive… Néanmoins, j’ai découvert (ou re-découvert) que l’Empereur Domitien, selon certaines versions de l’Histoire, a fait décapiter Lazare de Béthanie. Je suis presque sûre que je n’avais pas cette information à l’époque, mais aujourd’hui la coïncidence m’amuse beaucoup.

     

     

     

    Ah oui, au passage, j’ai terminé d’écrire le Manuscrit dans les temps et je l’ai envoyé pour le concours, mais je n’ai pas été retenue.

     

     

     

    La maison où vivent Christelle, Domitien, Axelle et Henry est tout simplement calquée sur ma maison ! (enfin, la maison de mon père, mais c’est là que j’ai grandi et vécu jusqu’à mes 18 ans !)

     

    Raison de la présence d’un clavecin dans la maison ? Petite référence à mon papa, prof de clavecin au conservatoire !

     

    La chambre de Christelle et Domitien est en réalité la chambre de mon grand frère (mais pas du tout avec la même décoration XD)

     

    La chambre de Henry et Axelle est à la place de la chambre de mes parents.

     

    La chambre de Tilla et Lazare était basée sur ma chambre à moi.

     

    Bien entendu, à chaque fois, la décoration indiquée dans le livre n’est pas forcément la vraie décoration de ma vraie maison, mais l’agencement des pièces et le même. Et oui, j’ai aussi un jardin.

     

    La ville de Montbrison (et celle de Moingt) existent réellement puisque c’est là-bas qu’il y a ma maison. Tous les lieux où passent les personnages sont des véritables lieux : pizzeria au début, Jardin d’Allard, portail menant chez Altazar !

     

    Ah d’ailleurs, à la base, les personnages n’allaient pas chez Altazar via le portail planté au milieu du rondpoint. Le Démon avait établi bêtement ses quartiers dans une maison abandonnée quelconque… Mais il s’avère qu’après ma première version, la ville a fait des travaux et qu’ils ont construit ce magnifique rond-point avec un portail planté dessus et que je me suis dis que je devais utiliser absolument cet élément ! Du coup, quand j’ai relu / corrigé / modifié mon histoire (environ 3 ans après la première version), j’ai changé la façon d’aller chez Altazar.

     

    Le gymnase existe bel et bien également… bref, encore une fois, tous les lieux existent.

     

     

     

    Le château de St Fargeau et celui de Guédelon sont également des éléments qui existent ! J’étais allée en vacances là-bas un an avant, il me semble (en 2008) et j’avais adoré le chantier de Guédelon.

     

     

     

    Nice…éh bien, j’y suis justement allée en été 2009, alors même que j’étais en train d’écrire mon manuscrit de l’Ange de la Mort. Ainsi, la maison de Mireille est basée sur la maison de location que nous avions prise là-bas. Et lorsque Tilla perd connaissance, sous la pluie, c’est au Parc Phénix, endroit que j’avais également visité.

     

     

     

    La toute première scène que j’ai écrite est celle du début, avec le Fourvoyeur qui attaque Tilla. La 2ème scène… est celle de la mort de Lazare, il me semble. Je n’ai pas du tout écrit dans l’ordre chronologique.

     

     

     

    A la base, Lazare devait avoir une mèche dissimulant la moitié de son visage, mais j’ai laissé tomber avec les réécritures.

     

     

     

    J’ai certainement oublié des détails, si ça me revient, je mettrai cet article à jour.

    Anecdotes sur L'Ange de la Mort

     


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    Lazare :

     

     

     

    Deux mois étaient passés. Totalement remis de mes blessures, j’avais eu le temps de m’habituer à mon nouveau statut d’Ange. Les parents de Tilla étaient contents de m’avoir parmi eux, sa petite sœur m’avait littéralement adopté et m’appelait grand frère. Seule Christelle se montrait plus froide, ça ne durerait sûrement pas longtemps.

     

     

     

    Ce soir, en compagnie de Tilla, j’étais retourné dans la clairière de la cascade. La scène ressemblait à ce que nous avions vécu précédemment, avec néanmoins quelques différences. Elle était assise sur le même rocher, en maillot de bain, car elle avait piqué une tête dans l’eau. De mon côté, je nettoyais mes nouvelles ailes. Leurs plumes étaient en argent fin et léger. Tilla les trouvaient encore plus belles que les noires. Sans que j’aie besoin de lui demander, elle sauta de son perchoir pour savonner les plumes que je ne pouvais atteindre. Le doux frottement du savon créait une ambiance agréable. Nous étions bien tous les deux. Une fois le savonnage terminé, Tilla retourna s’asseoir dans l’herbe, pendant que je me rinçai sous la cascade. Je la rejoignis ensuite en battant des ailes pour les sécher un peu. Allongée sur le sol, Tilla regardait le ciel étoilé d’un air rêveur. Je m’agenouillai à côté d’elle en murmurant :

     

    - A quoi tu penses ?

     

    Un léger sourire étira ses lèvres, les astres se reflétèrent dans ses yeux lorsqu’elle pivota la tête vers moi :

     

    - Je me disais que tu avais volé mon cœur, Laz, et je me demandais où tu avais bien pu le cacher.

     

    Je me penchai vers elle, les mains de chaque côté de sa tête, mon visage tout prêt du sien.

     

    - Je l’ai mis à la place du mien, que tu m’as volé.

     

    Ses mains jouèrent avec mes cheveux mouillés, des gouttes diamant tombaient des pointes pour se déposer sur sa peau avec délicatesse.

     

    - Tu es bien romantique, ça ne te ressemble pas.

     

    - Crois-tu ? Ne dis pas ça, Tilla, habitue-toi parce que j’ai bien l’intention d’être un grand romantique avec toi. Un bouquet fleurs régulièrement, des dîners aux chandelles, des nuits à la belle étoile avec de beaux clairs de lune…

     

    - Voilà un programme intéressant, mais ne change pas trop mon Ange, reste un peu toi-même.

     

    - Pas de soucis.

     

    Elle tendit les bras pour attirer mon visage vers le sien. Je l’embrassai avec bonheur.

     

     

     

    Ici, s’achève cette histoire. Si nous étions dans un conte, ou une pièce de théâtre, le rideau se baisserait sur cette dernière image. Néanmoins, il n’est pas impossible que d’autres aventures suivent celle-ci. Qui sait si nous n’agrandirons pas la famille ? Qui sait si notre enfant n’aura pas sa propre histoire à raconter un jour ?

     

     

     

     

     

    Fin.

     

     

     

    Une partie des personnages feront une apparition dans « Complot en Brocéliande » qui mettra en place quelques éléments plus ou moins essentiels pour la suite ‘officielle’ de « L’Ange de la Mort ». Cette suite s’intitulera certainement « La Chasse Sauvage »

     

    Si cette histoire vous a plu, vous pouvez l'acheter en livre de poche :)
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    L'ange de la Mort - Epilogue

     


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    Lazare :

     

     

     

    La douleur me sciait le torse, j’avais mal, je me sentais fiévreux. J’ignorais où je me trouvais. Parfois des voix parlaient autour de moi, mais un brouillard semblait avoir envahi mon cerveau, je ne comprenais pas ce qu’elles racontaient. Un linge humide et frais fut appliqué sur mon front. Mobilisant mes forces, je parvins à ouvrir les paupières. D’abord je ne vis que des taches floues… puis les formes se firent plus nettes, un visage entra dans mon champ de vision. Bien qu’il ait une vingtaine d’années en plus, je le reconnus facilement.

     

    - Henry…

     

    L’homme sourit :

     

    - Bon retour parmi nous, Laz. On commençait à se faire du souci.

     

    Clignant des yeux, je grimaçai en tentant de changer de position.

     

    - Doucement, tu n’es pas encore bien rétabli. Evite de bouger trop brusquement ou tes blessures vont se rouvrir.

     

    J’étais allongé sur le canapé, un large pansement entourait mon torse, mon bras gauche possédait de nombreuses cicatrices qui n’étaient pas là avant. La dernière fois que je m’étais senti aussi faible remontait à… si longtemps que je ne m’en souvenais même pas.

     

    - Comment va Tilla ? questionnai-je d’une voix pâteuse.

     

    - Très bien. Elle ne t’a pas quitté pendant plus de vingt-quatre heures, j’ai dû la forcer à aller se coucher.

     

    Un léger sourire naquit sur mes lèvres, je sentis mes paupières se refermer d’elles même.

     

    - J’informerai Tilla de ton réveil, chuchota l’homme pendant que je retombais dans les bras de Morphée. Un sommeil sans rêve m’emporta.

     

     

     

    Quelque chose de doux frôla ma bouche, me réveillant doucement, puis se posa ensuite complètement sur mes lèvres. Un soupir de bien-être souleva ma poitrine, je levai le bras pour le poser sur sa joue. Le contact se rompit. J’ouvris les yeux pour découvrir son visage penché sur le mien.

     

    - C’est pas le Prince Charmant qui doit réveiller la Princesse normalement ? soufflai-je.

     

    - Faut bien moderniser un peu. Tu étais si tentant…

     

    Je laissai mes doigts glisser dans ses cheveux. Quelle joie de ne plus être une minuscule sphère ! Je pouvais enfin la toucher comme il me plaisait.

     

    - Désolée de t’avoir réveillé.

     

    - Oh, si j’ai droit à un réveil aussi doux à chaque fois, tu peux me réveiller autant que tu veux.

     

    Ne pouvant résister à la tentation, je me redressai sur un coude pour capturer ses lèvres. Mon bras en mauvais état protesta, les cicatrices sur mon torse me rappelèrent à leur bon souvenir, pour l’instant je m’en fichais royalement ! Après tous ces longs mois d’abstinence, nous pouvions enfin nous embrasser pour de bon, sans que la Mort interfère au milieu. Autant dire que nous en profitâmes un maximum, avant de nous séparer, hors d’haleine. Je me laissai retomber sur les oreillers en étouffant un gémissement de douleur. Tilla resta agenouillée au sol, le menton posé sur le bord du matelas.

     

    - Tu n’as pas une potion pour faire cesser cette douleur ?

     

    Elle eut un pâle sourire :

     

    - Même la magie à ses limites, Laz. Maman et moi on a fait notre possible, mais certaines de tes blessures guérissent à leur rythme, sans réagir aux potions. La totalité des blessures sur ton bras est due au rayon qui t’a touché, je pense. Comme il s’agissait d’un rayon puissant et mortel, c’est plus long à guérir. Pour ce qui est des balafres sur ton torse, je ne sais pas trop. Je suppose que c’est aussi quelque chose de magique et puissant qui t’a blessé. Dans quelques jours tu iras beaucoup mieux.

     

    Je souris. Ses doigts caressaient mes cheveux, son autre main tenait la mienne. J’avais eu une deuxième chance. Maintenant j’allais pouvoir être heureux. Au fond, le Destin faisait bien les choses. Tilla m’avait fait comprendre que la beauté extérieure ne faisait pas tout, qu’un échec en amour ne faisait pas de toutes les filles des objets seulement bons pour un lit. Elle était mignonne, sans être canon, ordinaire, mais elle avait en quelque sorte soigné mon cœur. Une touche de gentillesse par-ci, un sourire par là, ça suffisait à éblouir ma journée. Tilla était une perle rare, je ne voulais pas la perdre. Et elle m’aimait, pour moi, pour mon caractère, elle m’acceptait tel que j’étais, elle n’était pas amoureuse de moi uniquement pour mon physique. J’avais enfin découvert l’Amour, elle aussi. Le futur était sauf, nous pouvions profiter l’un de l’autre maintenant, sans craindre les soucis d’une quelconque séparation.

     


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    Tilla :

     

     

     

    Pendant environ un quart de seconde, je restai figée sur place, les yeux agrandis d’horreur. La scène repassa dans mon cerveau. Le liquide chaud, rouge, et épais coulait lentement le long de mon visage. Mes genoux se dérobèrent, je me laissai tomber à terre. Laz… Non non non ! Ce n’était pas possible ! Pas encore ! Je ne pouvais pas le perdre alors que je venais juste de le retrouver ! Les dernières particules qui avaient composé la sphère tombèrent au sol. Un éclair éblouissant traversa la pièce. Mes bras se levèrent pour protéger mon visage de cette lueur. Lorsqu’elle s’estompa, Chloé hoqueta de stupeur à côté de moi. Lentement, j’abaissai mes bras. Une silhouette familière, et peu vêtue, pour ne pas dire pas du tout, était allongée sur le sol. Ses cheveux noirs formaient une auréole sombre sur le plancher clair, ses yeux étaient clos, sa respiration saccadée. De nombreuses plaies parcouraient son corps, les trois cicatrices barrant son torse saignaient abondamment, plus que les autres. Je glissai un bras sous ses épaules pour le redresser à demi, ses cheveux sombres glissèrent sur ma peau avec la douceur d’une plume.

     

    - Laz… ?

     

    Pas de réponse. J’écartai les mèches ébènes qui me cachaient son visage, et frémis : son front était bouillant. Redressant la tête, je regardai Chloé qui paraissait perdue.

     

    - On rentre.

     

    - On ne va pas pouvoir le transporter, Tilla. On ferait mieux d’appeler une ambulance.

     

    - Et on leur dira quoi ? Non, on l’emmène avec nous.

     

    Sans lui laisser le temps de protester, je saisis son bras. Sans lâcher Lazare, je nous téléportai tous les trois à la maison. Nous atterrîmes dans le salon. La tête me tournait, je luttai pour ne pas m’évanouir. Ma cicatrice pulsait férocement, le liquide vermeil qui s’en écoulait m’aveuglait un œil. Je m’accrochai le plus possible à mon Ange, je ne voulais pas le lâcher. Je craignais trop qu’on nous sépare encore. Deux bras me forcèrent à lâcher prise :

     

    - Lâche-le, ton père s’occupe de lui, souffla Dark dans mon oreille.

     

    Machinalement, j’obéis. Le Messager de la Mort m’attrapa dans ses bras et me porta jusque dans la salle de bain. Dans un état second, je me laissai faire tandis qu’il m’asseyait au bord de la baignoire pour nettoyer mon visage. Petit à petit, la pièce cessa de tourner autour de moi, je repris un peu pied avec la réalité.

     

    - Qu’est-ce que tu fais ici ?

     

    - Je suis venu te rendre une petite visite, ton père est rentré du travail et m’a proposé de t’attendre. On s’est mis à discuter un peu, puis tu as brusquement déboulé avec ta sœur et Lazare. Qu’est-ce qui s’est passé au juste ?

     

    Tandis qu’il pressait un gant humide sur ma plaie, je lui racontai à mi-voix. Quand j’eus fini, Dark soupira :

     

    - Je n’y comprends plus rien. Nos Supérieurs doivent être informés de tout cela.

     

    - Peut être oui. Tu devrais y aller.

     

    - Maintenant ?!

     

    - Je peux me débrouiller, rassure-toi.

     

    L’Ange me regarda, puis hocha la tête. Il déploya ses ailes avant de disparaître. Je descendis du rebord de la baignoire, mes jambes tremblèrent un peu, mais tinrent bon. Ma cicatrice ne saignait plus, je jetai le gant dans le lavabo avant de retourner dans le salon. Lazare était allongé sur le canapé, une couverture lui couvrait les jambes jusqu’à la taille. Henry versait quelques gouttes d’une potion de guérison sur chacune des blessures barrant son torse, ses bras et son visage. Certaines disparurent aussitôt, d’autres cessèrent simplement de saigner. Quelques-unes restèrent dans le même état, comme si on n’avait rien versé dessus. Pendant que Dark me soignait dans la salle de bain, ma mère était rentrée, elle appliquait actuellement un linge humide sur le front de Lazare. Chloé pansait quelques blessures qui risquaient de se rouvrir si Laz faisait le moindre mouvement brusque. Christelle aussi était présente. Elle ne les aidait pas, mais ne semblait pas non plus hostile. Je reportai à nouveau mon attention sur mon ami et le contemplai encore. Jamais Lazare n’avait été si pâle, sa peau blafarde tranchait avec sa chevelure si foncée. Ils le firent basculer sur le ventre pour s’occuper des plaies de son dos.

     

    - Il y a une chauve-souris derrière la fenêtre, fit soudain remarquer Chloé.

     

    Je fixai mon attention sur la bestiole en question. Même si jamais je ne l’avais vu se transformer, je sus aussitôt de qui il s’agissait. Sans perdre une seconde, je lui ouvris. La chauve-souris se posa au sol, l’instant d’après le vampire de la Bibliothèque d’Alexandrie la remplaçait.

     

    - Qui est-ce ? demanda ma petite sœur intriguée.

     

    - Mon nom est Strigan, répondit l’intéressé en la regardant.

     

    Bon, ça c’était nouveau. Jamais encore il n’avait voulu me dire son nom, et voilà qu’il répondait le plus naturellement du monde à ma petite sœur en la fixant avec attention.

     

    - Un ami, ajoutai-je.

     

    Le vampire se tourna vers moi, en désignant Lazare d’un signe de tête :

     

    - Il s’est interposé entre toi et quelque chose, n’est-ce pas, pour être dans cet état ?

     

    - Comment le sais-tu ?

     

    Il demeura silencieux, attendant ma réponse. Ce que je fis avec un bref hochement de tête.

     

    Chloé ne le quittait pas des yeux, et lui la regardait environ toutes les trente secondes. Allons bon, elle n’allait pas s’enticher d’un vampire quand même ? Remarque, je n’avais rien à dire, un Ange de la Mort ce n’est pas mieux.

     

    - Qu’est-ce que tu fais ici ?

     

    Un sourire mystérieux plana sur ses lèvres :

     

    - Je viens voir une vieille connaissance qui ne devrait pas tarder à arriver. J’en profiterai pour te fournir les dernières explications que tu attends. Je savais que ça arriverait, je voulais te rassurer.

     

    A peine acheva-t-il sa phrase qu’un homme se matérialisa dans la pièce. Il avait une très longue chevelure argent, une peau parcheminée, des yeux aveugles… Mathus. Son nom s’imposa dans mon esprit. Je me souvins en même temps d’un vieux rêve où je l’avais vu. Le Supérieur de Lazare, celui qui lui avait confié la mission de veiller sur moi.

     

    - Mais c’est une véritable invasion ici ! s’écria ma tante.

     

    Chloé pouffa :

     

    - Au moins, nous avons des visiteurs particuliers ce soir.

     

    Henry retourna Laz sur le dos en saluant poliment le nouveau venu. Axelle remit un linge humide sur son front et pansa les dernières plaies avec Chloé, en demandant :

     

    - Est-ce que tout le monde a l’intention de rester dîner ? Parce que si c’est le cas j’aimerais le savoir avant de commencer à préparer le repas.

     

    - Moi je veux bien… fit Strigan, si ça ne vous gêne pas, bien sûr.

     

    Chloé battit des mains joyeusement avant de rougir jusqu’à la pointe des oreilles en voyant que nous la regardions tous.

     

    - Les vampires ne sont pas censés boire du sang ? remarquai-je.

     

    - Je suis végétarien, je ne touche pas aux humains. La nourriture normale me convient parfaitement. Elle m’apporte beaucoup moins d’énergie que le sang, mais j’y suis habitué.

     

    Le plus sage des Juges sourit :

     

    - Non merci. C’est bien aimable à vous de l’avoir proposé, mais je ne peux m’attarder trop longtemps.

     

    Axelle hocha la tête et sortit de la pièce en compagnie de Christelle, je les devinai un peu dépassées par les évènements. Je pris aussitôt sa place au chevet de Lazare.

     

    - Comment allez-vous Mathus depuis la dernière fois ? fit le vampire d’un ton aimable.

     

    - Plutôt bien, merci. Comme tu peux le voir, un autre de mes Anges a suivi la même voie que toi.

     

    Je sursautai :

     

    - Pardon ?!

     

    Mathus avança vers moi, sa main parcheminée caressa mes cheveux. Machinalement, je redressai la tête, son regard laiteux se planta dans le mien. J’eus la sensation qu’il lisait en moi comme dans un livre.

     

    - Mon enfant… je dois te l’avouer : au début je n’approuvais guère le choix de Lazare, même si je ne lui ai rien dit. Egoïstement, je t’en voulais car je ne souhaitais pas être privé d’un bon élément comme lui. Je craignais également qu’il ne se produise entre vous la même histoire qu’avec Strigan. Je constate maintenant avec soulagement que ce n’est pas le cas.

     

    - Quelle histoire ? demanda Chloé en même temps que moi.

     

    Henry sourit devant notre ensemble, je compris que la complicité qui me liait dorénavant avec Chloé lui plaisait. Il se leva :

     

    - Tu t’occupes de Laz, Tilla ?

     

    Je hochai la tête. Mon père s’en alla. Je repoussai les mèches ébènes tombant sur le visage de Lazare puis embrassai sont front. J’épongeai ensuite son visage en sueur. Strigan me regarda faire, avec un air légèrement envieux. Mathus eut un hochement de tête pour lui-même :

     

    - Alors, quelle histoire ? demanda ma sœur avec impatience.

     

    Le vampire sourit :

     

    - Tu es bien curieuse.

     

    Se tournant vers le Supérieur, il déclara :

     

    - Allez-y Mathus, racontez.

     

    Le Juge inclina la tête, prit place sur une chaise libre, puis commença :

     

    - Autrefois, il y a de cela bien longtemps, Strigan est devenu un Messager de la Mort. Un jour, je l’ai envoyé en mission pour quelque temps. Une mission de surveillance comme la tienne : une humaine qui ne devait pas mourir avant un moment précis. Strigan en est tombé amoureux, l’humaine aussi. Comme Lazare, lorsque le moment fatidique est arrivé, il n’a pas voulu qu’elle meure. Il s’est sacrifié pour elle. Quelque temps plus tard, il est revenu sous la forme d’une boule de lumière, et a veillé sur la fille dont il s’était épris. Un soir, elle s’est faite attaquer, Strigan s’est interposé et son geste lui a permis de reprendre forme humaine.

     

    Mathus se tut, le vampire prit le relai en faisant les cent pas dans la pièce :

     

    - On ne peut pas redevenir humain totalement, mais on reprend au moins la forme humaine, l’immortalité en bonus. Comme Lazare, j’ai été blessé, sa forme de sphère a encaissé un rayon mortel, au lieu de mourir il est revenu dans cet état. Il a eu beaucoup plus de chance que moi à partir de là. La fille dont j’étais amoureux ne m’a pas vu reprendre forme humaine, elle avait fui. J’ai guéri seul, tant bien que mal, en tentant de m’adapter à mon nouveau statut de vampire, puis je suis allé la retrouver. Malheureusement pour moi, elle m’avait remplacé par un autre. Je suis donc parti travailler à la Bibliothèque d’Alexandrie et depuis je n’en suis jamais sorti.

     

    Chloé s’approcha de lui en demandant timidement :

     

    - Depuis, tu n’as jamais trouvé de remplaçante ?

     

    - Oh, il y a bien une ou deux demoiselles qui flirtaient avec moi, mais lorsqu’elles découvraient que j’étais un vampire, elles ne me croyaient pas si je disais que je ne mordais pas. La gent féminine a tendance à me décevoir.

     

    Compatissante, ma petite sœur lui tapota l’épaule :

     

    - Tu trouveras quelqu’un un jour, j’en suis sûre.

     

    - Peut-être, oui.

     

    À sa place je n’aurais pas mis ce « peut-être », vu la manière dont ils se regardaient tous les deux. Mathus les observait avec un sourire entendu.

     

    - Vous craigniez que Laz subisse le même chagrin… murmurai-je.

     

    Le Supérieur hocha la tête avant de reporter son attention sur moi :

     

    - Lazare étant un véritable coureur de jupons, je ne pensais pas qu’il s’accrocherait autant à toi. Après, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un béguin passager… Visiblement ce n’était pas le cas.

     

    Je baissai les yeux vers le visage endormi de Laz, ma main caressa sa joue. Il remua à peine, sans se réveiller, mais un très faible sourire étira ses lèvres.

     

    - Strigan… Tu as dit « on ne peut pas redevenir totalement humain », ça signifie que quand tu es revenu, tu étais déjà un vampire ?

     

    - Oui.

     

    - Laz… ?

     

    - Non. Il n’est pas devenu comme moi. Tu sais, Tilla, la destinée de chaque être est écrite dans les moindres détails dès sa naissance par le Destin en personne, mais les choses diffèrent parfois de ce qui était prévu. Dans ces cas-là, le Destin arrange les choses à sa façon, en fonction de nos agissements. Moi, j’ai longuement hésité avant de me sacrifier, Lazare a accepté tout de suite par exemple. Lorsqu’il s’est sacrifié, il est mort avec le sourire, moi non. C’est une accumulation de petits détails qui a fait que moi je suis devenu un vampire et Lazare un être qui n’a jamais existé jusqu’à présent.

     

    - Quel être ?

     

    Strigan ne répondit pas, mais se tourna vers Mathus. Celui-ci me regarda longuement, avant de répondre :

     

    - Lazare, par ses actions, s’est hissé à un rang égal voire supérieur au mien. Il est redevenu un Ange, mais il appartient à une catégorie qui n’existait pas jusqu’à présent. Rassure-toi, contrairement aux autres il ne dépendra pas des Supérieurs puisqu’il est au même rang que nous. Lazare est libre de faire ce qu’il veut : rester avec toi sur Terre, revenir au Royaume des Morts pour nous aider à juger les âmes. Il pourra faire les deux…

     

    Un Ange ! Il allait avoir des ailes alors ! Comme il allait être content ! Hip hip hip hourra !

     

    - Immortel alors.

     

    - Oui.

     

    Oh… Pendant de brèves secondes, ma bonne humeur s’assombrit. Durant quelques années, ça pourrait aller, mais après ? Quand je commencerai à vieillir ?

     

    - Ne t’inquiète pas pour cela non plus. Lazare aura les moyens de te rendre immortelle si tu le souhaites, déclara Mathus en se levant de sa chaise.

     

    L’éternité avec Lasagne ? En voilà une excellente idée ! Je dus avoir une expression émerveillée car le Supérieur eut un petit rire :

     

    - Je vous laisse. Je pense que nous serons amenés à nous revoir de temps à autre. Prends soin de Lazare, ma chère enfant.

     

    Mathus effleura mes cheveux avant de disparaître. S’il s’était méfié de moi, le Juge m’avait maintenant clairement adoptée.

     


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  •  

    Je me redressai en sueur, des larmes maculaient mes joues. J’enfouis mon visage dans mes mains tremblantes, écoutant les battements de mon cœur affolé. Les cauchemars entraient en action, je venais de rêver que Lazare revenait à l’état de zombi, m’empêchait de fuir et me grignotait petit bout par petit bout. Quelque chose frôla soudain mes cheveux, me faisant sursauter. Une mouche sûrement. Je redressai la tête pour la chasser, une vive lueur m’aveugla au même moment. Je clignai des yeux pour m’habituer à cette lumière soudaine et découvris une petite boule, grosse comme une balle de ping-pong, étincelante comme un mini soleil. Elle virevoltait dans ma chambre, semblait l’explorer. Qu’est-ce que c’était que ce machin ? Une luciole perdue ? Une Fée Clochette ? La sphère s’approcha de moi, tourna autour de ma tête au moins cinq fois avant de se glisser dans mes cheveux défaits. Je secouai la tête pour la dégager de là. Allons bon, ce bidule avait décidé de m’enquiquiner ? Enervée, par cette chose qui ne cessait de me tourner autour, je l’attrapai vivement. Le contact me surprit : la boule n’était pas brûlante comme je le croyais, mais au contraire tiède et plutôt agréable au toucher, douce comme une plume enroulée sur elle-même. Je dépliai mes doigts lentement, elle resta sagement dans ma paume. Un curieux sentiment de bien-être m’envahit soudain, comme si… Mais non, c’était tout bonnement impossible !

     

    La sphère vola alors jusqu’à la hauteur de mes yeux, puis alla planer vers la lettre et la plume posées sur ma table de nuit. Elle fit des petits cercles au-dessus, avant de revenir près de mon visage. Puis, elle voleta vers le livre de cuisine sur le plancher avant de revenir vers moi et de s’agiter dans les airs comme pour dire quelque chose.

     

    Noooon…

     

    - Laz… ? C’est toi… ? fis-je d’une voix étranglée.

     

    En réponse, la petite boule lumineuse clignota une fois.

     

    - Euh… un clignotement pour oui, deux pour non ? demandai-je avec l’impression d’être une voyante faisant tourner les tables.

     

    Un clignotement. L’instant d’après elle se frotta contre ma joue.

     

    - Tu… tu vas bien ?

     

    Un clignotement.

     

    - Tu peux reprendre forme humaine ?

     

    Deux clignotements.

     

    Je saisis Lazare, ou du moins ce qu’il en restait, entre mes mains en coupe. Il sautilla dans mes paumes pour manifester sa joie… enfin, je le supposai. J’aurais bien pleuré de joie si mon stock de larmes avait été disponible. J’embrassai doucement la petite sphère qui étincela encore plus. En souriant, je me rallongeai dans mes draps. Laz se posa sur le bord du matelas. Longtemps, nous discutâmes. Je posai des questions, il répondait par oui ou non. Il ignorait pourquoi il avait cette forme, ni comment ça c’était produit. Il était content d’être avec moi et ne voulait plus me quitter. Nous voulions tous deux obtenir des réponses, aussi nous décidâmes de nous rendre à la Bibliothèque d’Alexandrie le lendemain, afin d’obtenir des explications.

     

    ~

     

    Je refermai le livre en soupirant et regardai Lazare la Fée Clochette voleter au-dessus des nombreux ouvrages ouverts sur la table. Pour la première fois, la Bibliothèque d’Alexandrie ne me livrait aucune réponse. Je n’avais pas la moindre solution pour lui faire reprendre forme humaine, ni aucune indication sur ce qu’il était devenu. Laz s’éloigna dans les divers rayonnages pour revenir quelques minutes plus tard, l’air découragé. J’ignorais comment il y arrivait, mais ses émotions étaient très claires malgré sa forme de petite balle, peut-être était-ce dû à sa manière de se déplacer ou à sa luminosité variable. Toujours est-il que nous étions déçus tous les deux.

     

    - Désolée Clochette, je pensais vraiment qu’on trouverait quelque chose.

     

    Lazare me donna un petit coup dans le nez pour manifester son mécontentement. Je compris que son nouveau surnom ne lui plaisait guère. Je ris, il me redonna un léger coup, mais joueur.

     

    - Peut-être puis-je vous aider ? fit alors une voix dans mon dos.

     

    Me retournant, je découvris le vampire qui travaillait toujours dans la bibliothèque. Son regard noir détailla mon compagnon avec attention avant de se poser sur moi :

     

    - Il y a des choses si rares, pour ne pas dire presque irréelles, qui ne sont pas racontées dans les livres.

     

    D’une démarche élégante et gracieuse, le Prince de la Nuit nous rejoignit. Curieux, Laz se posta près de mon épaule. Notre interlocuteur sourit en rejetant en arrière ses longs cheveux noirs et lisses comme de la soie.

     

    - Le cas de ce Messager de la Mort ne s’est produit qu’une seule fois avant lui, et cela remonte à l’Antiquité.

     

    Lazare clignota plusieurs fois, le vampire le regarda puis hocha la tête :

     

    - Je ne parle pas du fait que tu sois mort. Comme tu viens de le dire, il arrive que les tiens puissent mourir, Altazar l’a bien assez montré.

     

    Bon, déjà il comprenait ce que Clochette racontait. Pratique. Je m’assis au bord de la table, le vampire s’adossa contre une étagère, Laz resta près de mon épaule.

     

    - Un Ange Noir qui meurt ne disparait pas complètement. Son essence, ses sentiments et sa personnalité sont conservés, et se regroupent en une sphère qui reste invisible et intouchable. Tout le monde croit donc que les Anges Noirs disparaissent pour de bon.

     

    Lazare clignota de nouveau précipitamment :

     

    - J’y viens, ne sois pas si impatient voyons, grommela le vampire, donc comme notre cher ami, ici présent, vient de le faire remarquer, lui n’est pas invisible. C’est pour ça que je disais que son cas est rare. Les Anges Noirs ne sont pas censés avoir le temps de tomber amoureux des humains. Ils peuvent s’accoupler entre Anges bien sûr, mais avec les humains c’est une autre histoire comme vous le savez déjà tous les deux. Des exceptions arrivent, parfois. Lors de missions spéciales, l’Ange peut tomber amoureux au point de sacrifier sa vie pour l’être humain. Alors, en plus de son essence, et de sa personnalité, s’ajoute son amour lorsqu’il devient une sphère. Plus les sentiments sont forts, plus il étincèle.

     

    Je regardai Lazare, mes doigts se refermèrent autour de lui. Le vampire ramassa les livres traînant sur la table.

     

    - Connais-tu un moyen de lui rendre forme humaine ?

     

    - Vous le découvrirez par vous-même.

     

    Sans un mot de plus, le Prince de la Nuit disparut entre les rayonnages, sans autres explications. Bon, nous avions au moins eu quelques renseignements supplémentaires, c’était toujours ça. Je regardai ma montre, nos recherches avaient pris énormément de temps :

     

    - On rentre, Clochette, j’ai promis à Chloé que j’irai la chercher à son cours de danse.

     

    Laz entra dans ma poche et je nous téléportai à la maison. Une grimace déforma mes traits lorsque ma cicatrice pulsa. Deux téléportations longue distance ne lui plaisaient pas, visiblement. Un message sur le portable, posé sur ma table de nuit, m’attendait. Chloé me prévenait qu’elle allait finir plus tard que prévu, inutile de me pointer trop à l’avance. Il me restait donc largement le temps d’aller me laver. J’ouvris l’armoire pour regarder les fringues de l’autre Tilla. J’avoue, depuis mon arrivée je ne m’étais pas encore changée, mais là j’en avais grand besoin. Et puis je ne pouvais pas rester tout le temps habillée de la même façon. Lazare fouina au milieu des piles d’habits, le clignotement qui l’anima me fit comprendre qu’il était en train de se prendre un fou rire. Pendant un quart d’heure, je me mis en quête de vêtements pas trop honteux à porter. Mon choix se fixa sur un jean et sur un débardeur bleu, trop décolleté à mon goût, c’était le moins pire de tous. Mes habits en main, je me dirigeai vers la salle de bain. Laz me précéda et virevolta au-dessus de l’armoire à pharmacie.

     

    -Non, mais qu’est-ce que tu crois ? Pas question que tu joues les voyeurs ! Oust !

     

    Il fit mine de m’ignorer et tourna autour d’une bouteille de shampoing.

     

    - Lazare, s’il te plait ! Sors d’ici !

     

    La sphère lumineuse tourbillonna au plafond, bien loin de ma portée. J’agitai la main pour la virer d’un coup de télékinésie, mais Laz, ou du moins son pouvoir, opposa résistance, par contre ma cicatrice n’apprécia pas cette utilisation de magie supplémentaire. Un gémissement pitoyable franchit mes lèvres, je plaquai une main sur mon visage. Le Fourvoyeur mort… pas oublié. La cicatrice me rappellerait toujours à l’ordre. Lazare redescendit immédiatement, puis s’approcha, l’air hésitant et penaud.

     

    - S’il te plait… sors de là, je veux me doucher tranquille, murmurai-je.

     

    Il obéit cette fois et fila dans le couloir. La porte une fois fermée, je regardai mon reflet dans la glace au-dessus du lavabo ; ma cicatrice était rouge vif.

     

     

     

    Le plus longtemps possible, je restai sous le jet d’eau. Au bout d’un moment je fus obligée de me résigner à sortir, me sécher et enfiler ces maudites fringues. Les bras croisés sur ma poitrine pour cacher ce monstrueux décolleté, je sortis de la salle de bain. Laz n’était pas en vue. Je montai dans ma chambre, une petite lueur filtrant de dessous la couette me permit de comprendre qu’il se cachait dessous. Je rabattis le tissus, la sphère ne décolla pas du matelas.

     

    - Tu fais la tête ?

     

    Deux clignotements.

     

    - Alors quoi ?

     

    Lazare décolla pour aller vers l’ordinateur portable que j’avais allumé le matin. Il roula puis sautilla sur la souris digitale jusqu’à ce que le traitement de texte s’ouvre. Là, il se mit à sauter très rapidement d’une touche à l’autre jusqu’à former une phrase.

     

     

     

    Ta cicatrice t’as fait mal à cause de moi parce que j’ai fait l’imbécile. Je suis désolé.

     

     

     

    J’eus un petit sourire :

     

    - Ce n’est pas grave Laz. Je ne t’en veux pas.

     

    Il se colla aussitôt contre mes lèvres, je l’embrassai. Ensuite, il se remit à sauter sur le clavier :

     

     

     

    Tes vêtements te vont bien. Tu es jolie ainsi.

     

     

     

    - Merci beaucoup. Vil flatteur.

     

     

     

    Je t’aime.

     

     

     

    En réponse, je l’attrapai dans mes mains et frottai le bout de mon nez contre lui avant de murmurer :

     

    - Moi aussi, je t’aime. On trouvera le moyen de te rendre forme humaine… et sinon on s’adaptera comme on pourra.

     

    Nous restâmes ainsi un moment. J’espérais que nous allions trouver une solution, avoir Laz sous cette forme n’était pas pratique du tout. De quoi je me plaignais ? Le principal, pour le moment, était qu’il était toujours avec moi, en vie, c’était vraiment le plus important.

     

    Laz se glissa dans ma poche lorsque je pris la route pour aller chercher ma sœur. Elle était hyper excitée car sa prof de danse avait décidé de lui donner le premier rôle dans un ballet qui serait monté pour la fin de l’année. L’après-midi touchait à sa fin, le ciel était sombre comme s’il allait bientôt pleuvoir. Les gens se pressaient pour rentrer chez eux afin d’éviter l’averse qui menaçait. Nous nous dirigions vers l’arrêt du mini bus qui devait nous ramener chez nous, lorsque Chloé s’exclama :

     

    - J’ai oublié mes chaussons ! Je retourne les chercher.

     

    - On va louper le bus…

     

    - C’est pas grave, un peu de marche à pied ne nous tuera pas.

     

    Nous rebroussâmes chemin en direction de la salle de danse. Au loin, le tonnerre gronda. J’attendis sous un porche, tandis que ma sœur se ruait à l’intérieur du bâtiment. Comme il n’y avait personne, Lazare sortit de sa cachette pour tourbillonner autour de moi. Un hurlement me fit sursauter quelques instants plus tard. Nul doute possible, je reconnus la voix de Chloé. Aussitôt, je me précipitai à l’intérieur, Laz me précéda pour me guider dans les couloirs et s’arrêta devant une double porte que je poussai. A l’intérieur, je découvris ma sœur, recroquevillée dans un coin. Un démon à l’apparence presque humaine s’avançait vers elle. Ses yeux avaient un éclat argent, presque hypnotique, il se mouvait avec la grâce d’un danseur étoile. Plus loin gisait une femme, évanouie, d’une trentaine d’années ; je l’identifiai comme étant la prof de ma sœur. Lazare ne perdit pas de temps et fila vers la créature pour tournoyer autour de sa tête, à toute vitesse, afin de la déconcentrer. Le démon agita ses mains griffues pour le chasser, ses cheveux bleu électrique ondulaient comme des serpents. Un Seigneur de la Danse. Il se nourrit de l’énergie de ses victimes qu’il oblige à danser jusqu’à ce qu’elles meurent d’épuisement. Sûrement avait-il commencé à prendre l’énergie de la prof, Chloé les avaient interrompus. Laz continua de distraire le démon pendant que je rejoignis ma sœur pour l’aider à se relever.

     

    - Dépêche !

     

    Le Seigneur de la Danse tourna la tête vers nous alors que nous filions vers la porte. Il pirouetta sur lui-même, disparut, et arriva juste devant la porte en tournoyant sur lui-même, nous bloquant ainsi le passage. Je fis l’erreur de croiser son regard. Le décor autour de moi se brouilla, devint blanc. Je ne voyais plus que ses yeux argent, si beaux, et sa magnifique silhouette de danseur. Un sourire charmeur, qui accéléra les battements de mon cœur, étira ses lèvres. Sa main se tendit, je la saisis sans hésitation. Sa peau était douce et agréable à toucher. Lentement, il me fit tourner sur place. J’avais une folle envie de danser, un partenaire comme lui devait être si rare… Sans que nos mains se lâchent, je levai une jambe pour faire une arabesque. Ensuite, je ployai en cambré… une chose lumineuse s’interposa soudainement entre nous. Instinctivement, je clignai des yeux. Le monde blanc dans lequel nous nous trouvions disparut pour redevenir la salle de danse. Je voulus dégager ma main, mais le démon la tenait fermement. Ses griffes se plantaient dans ma paume, du sang coulait goutte à goutte sur le parquet clair. Lazare se déplaçait rapidement, de manière à toujours s’interposer entre nous et les yeux du démon. La boule de lumière semblait on ne peut plus irritée. De minuscules piquants parsemaient sa surface, il faisait penser à un chat hérissant son poil. Le Seigneur de la Danse lâcha ma main pour chasser Laz, j’en profitai aussitôt pour utiliser ma télékinésie, qui repoussa l’hypnotiseur. Il s’écrasa contre les miroirs, ces derniers volèrent en éclat sous l’impact. Il se produisit alors plusieurs choses simultanément, tout se déroula extrêmement vite, mais mon cerveau enregistra chaque détail avec soin et précision. La scène se déroula comme dans un film au ralenti :

     

    - Ma cicatrice se rouvrit. Sans y prêter attention je combinai ma télékinésie avec celle de ma petite sœur pour faire léviter des éclats de miroirs…

     

    - Le démon se redressa sur les genoux, un rayon rouge fusa de ses mains pour foncer sur moi…

     

    - Je sus que je ne parviendrai pas à l’éviter et que le coup serait mortel.

     

    - Nos morceaux de miroirs transpercèrent profondément le dos et la poitrine du Seigneur de la Danse qui s’effondra.

     

    - Lazare s’interposa entre ma poitrine et le rayon.

     

    - Sous le choc, la sphère brillante explosa en un million de particules or.

     


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