• Le Porteur de Lumière - Chapitre 3

    Une fois ses sandales un peu consolidées et les bruits de querelles stoppés une bonne fois pour toute, la nuit est effectivement tombée depuis longtemps. Nous quittons le Jardin ensemble pour regagner la ville à nouveau calme, comme si rien ne s’était passé. En silence, nous traversons les rues et nous sortons de Lutéçarem.

    - Ce n’est pas très très loin, nous en avons pour environ quinze minutes à pied à ce rythme.

    Il hoche la tête en réajustant la sangle de sa besace sur son épaule. Je m’interroge sur cet étrange voyageur et réalise que s’il m’a posé des questions, je ne sais pas grand-chose de lui. J’ignore d’où il vient. Où il va. Son nom.

    Gênée d’avoir joué les pipelettes sans lui rendre son intérêt, j’ouvre la bouche pour lui demander au moins son nom.

    - Sara ! Sara !

    Deux silhouettes arrivent en face de nous, en courant. Je n’ai aucun mal à les reconnaitre.

    - Judas ! Lazare !

    Je leur fais signe joyeusement pour leur montrer de loin que je vais bien et je tourne la tête vers mon accompagnateur :

    - Ce sont mon frère et son meilleur ami. Ceux dont je t’ai parlé tout à l’heure.

    Il opine du chef en me souriant doucement, avant de lever les yeux vers les deux garçons qui nous rejoignent.

    - Seigneur soit loué, tu n’as rien ! s’écrie Judas en me soulevant dans ses bras et en me faisant tournoyer sur place comme lorsque j’avais cinq ans. Quand j’ai vu que tu n’étais pas à la maison, ni chez avec les filles, en sachant qu’il y a eu du grabuge en ville…

    Je l’étreins en le rassurant :

    - J’étais dans le Jardin des Oliviers pendant le mouvement et j’ai préféré rester là-bas avec lui en attendant.

    Je lui montre mon inconnu :

    - Il m’a proposé de me raccompagner et on lui donne le gîte, ce soir.

    Judas me repose à terre et s’approche de l’homme en se répandant en remerciement pour avoir pris soin de moi. Les yeux vert-bleu-indéfinissable de ce dernier brillent brièvement d’un éclat particulier lorsqu’il serre la main reconnaissante de mon frère. Judas déborde tellement de reconnaissance que je m’attends presque à le voir le soulever de terre et à l’embrasser. Au même moment, deux bras encerclent ma taille et m’attirent dans une étreinte chaleureuse.

    - Tu nous as causé une peur bleue… murmure Lazare dans le creux de mon oreille en me serrant contre lui.

    Mon cœur bat la chamade. J’ignore si je dois rester figée ou non. En profiter ou pas. Je n’aurais peut-être pas un autre câlin de ce genre de sitôt de sa part. J’ose finalement passer timidement mes bras autour de son torse.

    - Désolée… Je vais bien, rassure-toi.

    - Encore heureux, marmonne-t-il.

    Sa main glisse dans mes cheveux. Je savoure le moment autant que possible.

    - Rentrons vite, déclare Judas. Marthe et Marie ont aussi besoin de savoir que tu vas bien.

    A regret, je m’écarte un peu de Lazare. Je note cependant que son regard s’attarde un instant de plus que nécessaire sur le mien, puis il finit par sourire et m’ébouriffer la tête. Il s’adresse ensuite à mon invité :

    - Merci à toi d’avoir veillé sur elle.

    - C’est une rencontre qui devait s’accomplir, répond mystérieusement l’homme de sa voix douce et paisible.

    La réponse me laisse perplexe mais je n’ose pas essayer d’en savoir davantage.

    Nous reprenons tous les quatre la route.

    - Que s’est-il passé, au juste ? demande Lazare à mon frère. C’était quoi la raison de l’émeute cette fois ?

    Judas soupire en secouant la tête :

    - Un garde Athé a bousculé un Croyant qui se mettait sur le chemin du cortège du Roi. Juste un peu bousculé. Le Croyant n’a pas apprécié et a jeté une pierre sur le Garde… ça a suffi pour dégénérer.

    - C’est toujours la même chose. Il faudrait vraiment pouvoir arranger ça ! Je le dis et le répète, il faut que quelqu’un vienne, donne un gros coup de pied dans ces petites guéguerres et réunifie tout le monde !

    - Qui est capable d’accomplir une telle chose, selon toi ? demande l’inconnu.

    Lazare sourit, la voix teintée d’ironie amère :

    - Pourquoi pas ce prophète que nous attendons tous ? Ce Messie…

    Les yeux clairs de l’homme se posent sur lui :

    - Crois-tu que tu saurais reconnaitre ce Messie, si ce dernier se trouvait devant toi ?

    Le sourire de Lazare s’estompe, il semble surpris par la question. L’autre continue et regarde tour à tour mes deux compagnons :

    - Et selon vous, comment agirait ce Messie ? Prendrait-il le parti des Croyants ? Des Athés ? Aucun ?

    Mon frère et son meilleur ami échangent un coup d’œil. Eux aussi, comme moi, sont interpellés par cet inconnu qui devient soudain encore plus intéressant à leurs yeux. Il n’est plus juste le « protecteur de Sara ».

    Un peu hésitant, Judas répond :

    - On dit que ce serait le Fils de Dieu… Donc, je suppose qu’il prendrait le parti des Croyants…

    - Mais cela signifie-t-il alors que tous les Athés méritent d’être châtiés par les Croyants ? demande en retour l’homme.

    Les sourcils un peu froncés, Judas fait non de la tête :

    - Je… non, je ne pense pas… tout comme les Croyants ne sont pas tous dans le vrai…

    - En vérité je vous le dis, le Fils de l’Homme ne répondra pas à la Violence par la Violence, déclare l’inconnu.

    Un silence accueille ses paroles.

    A cet instant, j’ai compris que Lazare et Judas venaient de réaliser que nous étions en présence d’une personne à suivre. Une personne qu’il fallait écouter. Une personne qui allait secouer le Monde.

    Une personne qu’ils allaient côtoyer souvent, si souvent qu’il allait quasiment faire partie de notre famille.

    - Quel est ton nom, mon Ami ? demande Lazare dont le regard brille d’envie de discuter de longues heures avec ce prodigieux personnage.

    - Jésus.

     


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