• Le Porteur de Lumière - Chapitre 4

    Marie fait tourner les pages de notre carnet de commande en hochant la tête d’un air appréciateur.

     

    - C’est parfait, nous ne sommes vraiment pas à cours de quoi que ce soit. Tu veux te charger de quelque chose en particulier ?

     

    Je fronce un peu le nez en relisant mes notes :

     

    - N’importe quoi, pourvu qu’il n’y ait pas d’ourlet… ni de machine à coudre en fait.

     

    Elle éclate de rire tandis que son doigt suit les lignes de stylo :

     

    - Alors, occupe-toi des commandes à tricoter. Il faut faire une couverture pour bébé et deux châles, ça te convient ?

     

    - Parfait !

     

    Et en plus, les clientes qui ont demandé ça ne sont pas spécialement exigeantes. Elles ont l’habitude de faire appel à nous et nous laisse carte blanche, du moment qu’on leur fourni leur commande dans les temps et les dimensions indiquées.

     

    J’attrape le panier contenant les aiguilles et les pelotes de laines sous la table :

     

    - Je vais travailler dans le jardin, si tu me cherches.

     

    Elle acquiesce en souriant et je fuse hors du salon.

     

     

     

    Assise à même l’herbe verte, je manie mes aiguilles avec soin en écoutant leur tic tic tic régulier. Mes pensées vagabondent librement alors que mes mains travaillent avec une précision exemplaire. Je songe à ce Jésus qui voyage depuis deux ans maintenant, en quête de réponses et de questions visiblement. Il nous a tous fasciné et je regrette de savoir qu’il compte surement reprendre rapidement la route pour continuer sa quête personnelle. Lazare et Judas ont parlé de longues heures avec lui, ils étaient tous les trois passionnés et ne voyaient plus les heures qui passaient. Comment pouvait-il en être autrement ? Chaque mot prononcé par cet homme semble être un trésor brut sur lequel il faut réfléchir avec attention. Des mots de Sagesse. Si tous les Maîtres Religieux pouvaient parler comme lui, la face de notre monde serait bien différente… Et j’ai pourtant l’impression que s’il s’amusait à aller parler ainsi dans un Temple ou une Mosquée, il se ferait lyncher sur place.

     

    Tic tic tic tic

     

    S’il reste quelques jours de plus, peut-être que je pourrais lui faire une couverture qu’il pourra amener dans son voyage ? Au moins, il n’aura pas froid pendant la nuit, il semblait sous-entendre qu’il dormait souvent à la belle étoile.

     

    Tic tic tic…

     

    J’espère que nous recroiserons sa route. Judas aura surement des choses à raconter, ce soir, en revenant du travail, Jésus est parti avec lui ce matin pour assister à au moins un des cours.

     

    - Que vois-je ? Une Sara sauvage dans le jardin !

     

    Nul besoin de tourner la tête, Lazare s’assoit en tailleur en face de moi et lève les bras vers le ciel en s’étirant. Je m’enquiers :

     

    - La nuit n’a pas été trop courte ?

     

    - Oh si… Mais c’était passionnant !

     

    Il ferme les yeux en savourant la caresse du soleil et du vent sur son visage. J’en profite pour admirer ses traits réguliers et ses cheveux noirs qui volètent légèrement autour de son visage.

     

    Tic tic tic…

     

    - Sara…

     

    - Hm ?

     

    Lazare rouvre les paupières, une expression des plus sérieuses sur le visage. Il ne faut jamais le prendre à la légère dans ces cas-là. J’attends qu’il reprenne la parole, mais le silence s’éternise, comme s’il réfléchissait à ce qu’il doit dire exactement. Machinalement, je cesse de bouger les aiguilles.

     

    - Judas est venu me parler, hier… commence-t-il.

     

    Oups. Je n’ai pas besoin de questionner plus en avant, je me doute du sujet de la conversation qu’ils ont eue.

     

    - Heureusement que je lui avais dit de se taire…

     

    Gênée, je ne sais plus où regarder.

     

    - Oh, il a été plutôt discret dans sa façon de faire, rassure-toi. Il m’a juste demandé, mine de rien, si je pensais que tu avais quelqu’un en vue. Mais j’ai bien remarqué qu’il guettait avec soin ma réponse et mes réactions.

     

    Il sourit doucement en se rapprochant de moi et je n’ai soudain plus la moindre angoisse quant à la suite à venir. Je me trouve même idiote d’avoir angoissée à l’idée de le perdre. Nous sommes bien trop proches, lui et moi.

     

    Sa main se pose sur ma joue avec une tendresse infinie dont lui seul sait faire preuve, il murmure à mon oreille :

     

    - Il a toujours été clair pour moi que c’est avec toi que je ferai ma vie, Sara. Je n’en parlais pas, dans le cas où toi tu aurais envie de voir ailleurs, je ne voulais surtout pas t’influencer. Et parfois, je voulais en discuter avec toi, mais je te trouvais encore jeune… Je crois que j’attendais le bon moment, sans savoir quand il viendrait.

     

    Que je me sens bien. Ses mots glissent dans mon être en réchauffant mes veines, donnant envie à mon petit cœur d’exploser de bonheur et de mièvreries.

     

    Je pose mon ouvrage sur l’herbe en demandant à mi-voix :

     

    - Et si j’avais jeté mon dévolu sur un autre, tu aurais fait quoi ?

     

    Son souffle glisse sur ma peau et se perd dans mon cou comme une caresse de plumes :

     

    - Rien. Je veux ton bonheur, Sara, qu’il soit avec moi ou un autre… Je serai resté tout seul et j’aurais attendu, au cas où…

     

    Je plonge dans son regard Nuit. Et je souris. Lazare vole mon sourire un instant plus tard en posant ses lèvres chaudes et rassurantes sur les miennes.

     

     

     


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