• Le Porteur de Lumière - Chapitre 7

    Adossée contre l’un des murs du Temple, je retiens presque mon souffle tandis que Jésus parcourt du regard les lignes des Anciens Ecrits qui sont étalés sous ses yeux. A mes côtés, Lazare est tendu et je le vois échanger un regard avec Judas, appuyé lui contre le mur en face.

    Les  Hauts Placés du Temple font un signe de tête à notre Ami  pour l’inviter à commencer sa lecture. Sa voix douce et ferme s’élève dans le silence des lieux :

    - « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour annoncer la Bonne Nouvelle aux Pauvres, il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la Délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de Grâce du Seigneur. »

    Une fois le texte récité, Jésus relève lentement son regard de Lumière vers l’assemblée présente et achève le plus naturellement du monde :

    - Aujourd’hui, cette parole est accomplie.

    Un murmure de stupéfaction parcourt la foule. J’échange un léger sourire complice avec mon grand frère et Lazare, mais les Hauts Placés sont loin d’être ravis et l’un d’eux s’avance vers mon Ami, mécontent :

    - Qui es-tu pour oser proclamer une telle chose ?

    - Que veux-tu dire par là ? ajoute un autre en écartant précipitamment le Livre que Jésus vient de lire, comme si sa simple présence risquait de le contaminer.

    -La Prophétie d’Esaïe ne peut être accomplie que par la venue du Messie !  s’écrie un troisième outré.

    Le sourcil droit de Lazare a un spasme d’agacement tandis qu’il croise les bras sur son torse en murmurant entre ses dents :

    - Qu’ils sont aveugles !

    Loin de se laisser démonter par leurs réactions, notre Ami rétorque :

    - Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards !

    - Et toc ! marmonne mon fiancé.

    Je ne peux m’empêcher de sourire devant ce commentaire. De son côté, Judas approuve d’un vigoureux hochement de tête et se tourne légèrement vers deux hommes à ses côtés, les deux Disciples de Jean le Baptiste qui les ont rejoint.

    - Repentez-vous, reprend Jésus, et croyez en la Bonne Nouvelle. Le Royaume des Cieux, le voici ! Il est au Milieu de Vous.

    Scandalisés, les Hauts Placés protestent vivement tandis que les gens présents semblent on ne peut plus perdus. Certains fixent Jésus avec un espèce d’espoir, comme s’ils voulaient croire à ce qu’il vient de dire. D’autres estiment qu’il est vraisemblablement fou à lier. Quelques uns, une minorité, semblent franchement le croire et murmure des prières de remerciements à mi-voix.

    Un groupe à l’air mécontent s’avance franchement vers Jésus et pendant un instant mon cœur cesse de battre, sous la crainte qu’une émeute éclate ici, maintenant et que ça se termine mal. Lazare se redresse, prêt à intervenir pour aller aider s’il le faut. Judas, lui, n’a pas attendu et vient de poser la main sur le bras de notre Ami et le guide vers la sortie tandis que les deux autres Disciples s’interposent entre eux et le groupe pour qu’ils puissent s’en aller sans difficulté.

    - Viens, me souffle Lazare en m’entrainant également vers la sortie.

    Je le suis, un peu anxieuse. Les personnes présentes en ce lieu sont en train de se disputer, des éclats de voix jaillissent mais heureusement il semblerait qu’une bagarre ne soit pas à l’ordre du jour. La stupéfaction est trop grande pour eux et ils sont plutôt soulagés de voir le « Blasphémateur » quitter les lieux, ils ne cherchent pas à le retenir.

    Nous rejoignons Jésus et mon grand frère dans une petite rue à l’écart du Temple, vraisemblablement les garçons avaient déjà prévu ce point de rendez-vous, ils se doutaient que ça n’allait pas « bien » se passer.

    - Alors, commente Lazare, tu t’attendais à une autre réaction de la part de ces gens ?

    Jésus hausse doucement les épaules :

    - Un Prophète n’est jamais reconnu dans sa propre patrie.

    Qu’il considère cet endroit comme chez lui me fait chaud au cœur. Surement devine-t-il mes pensées, car notre Ami m’adresse un léger sourire. Mon grand frère secoue la tête :

    - J’adore l’ironie, n’empêche. Ce sont les Croyants qui attendent le plus le Messie et lorsqu’ils l’ont sous le nez, pfiou, il n’y a plus personne et ils ne voient plus rien.

    - En attendant, je me réjouis que ça ne se soit pas terminé en émeute, ajoute Laz en me caressant machinalement les cheveux. Ne m’en veux pas, Jésus, je sais que tu dois accomplir certaines choses, mais n’oublie pas que Sara  et moi nous avons notre mariage, demain. Il aurait été dommage que la fête soit gâchée… ou que tu sois présent avec un nez cassé.

    - C’est vrai que ça serait moche que tu sois abimé, ne puis-je m’empêcher de commenter. Merci, d’ailleurs, d’avoir prit le temps de venir pour l’occasion, c’est un vrai honneur !

    Le Fils de Dieu acquiesce légèrement :

    - Je vous le dois bien, Sara.

    Encore une phrase à la sauce Jésus. Par moment, j’ai presque l’impression qu’il s’excuse d’être entré dans nos vies.

     


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