• Le Porteur de Lumière - Chapitre 8

    Un ruban blanc, un autre or et un dernier argent relient ma main à celle de Lazare. Depuis ce matin, je me sens dans un état second d’euphorie totale ! Ses yeux de nuit glissent sur moi avec douceur tandis que j’entends comme un écho lointain la voix du Haut Placé qui annonce :

    - Vous pouvez à présent embrasser la mariée.

    Nos doigts toujours entrelacés, il m’attire contre lui et ses lèvres chaudes se posent délicatement sur les miennes. Aucun de ses baisers n’est pareil, malgré les années qui passent. Chacun d’entre eux est totalement unique.

    J’entends à peine les applaudissements enthousiastes de nos quelques invités, complètement emportée par le bonheur.

    Ça y est ! Nous sommes  officiellement ensemble et ce jusqu’à la Fin des Temps et même après ! Nous avons beau être en couple depuis plusieurs années à présent, j’ai l’impression de retomber amoureuse de lui chaque jour, aujourd’hui encore plus que les autres fois. Et je sais qu’il ressent la même chose.

    Mon époux tout neuf me serre contre lui en déviant ensuite ses lèvres sur le sommet de mon front. J’ai envie de m’isoler dans une bulle, rien qu’avec lui, et de planter les gens sur place, juste pour le plaisir de savourer cet amour qui nous unit encore et toujours.

    Lovée dans ses bras, j’aperçois mon grand frère qui applaudit à s’en faire mal aux mains, le sourire jusqu’aux oreilles et presque les larmes aux yeux. Près de lui, Jésus claque des mains aussi en nous observant avec un calme tendre et une vraie affection. Quant à Marie et Marthe, elles ont sorti les mouchoirs et s’essuient rapidement les coins des yeux, ravies de me voir entrer pour de bon dans leur famille.

    Je me sens si bien, là, à cet instant, entourée par tous les gens qui comptent pour moi. Heureuse de les voir tous là, en bonne santé, en vie… et j’aimerais que ça dure ainsi éternellement.

     

    Le portail qui sépare la maison de Marthe et celle où je vivais avec Judas n’existe plus. Pour l’occasion du mariage, nous avons décidé de l’enlever, reliant ainsi nos deux demeures ensemble via un unique et grand jardin. Des tables sont dressées au soleil, offrant un buffet presque royal et l’ambiance qui règne est plus qu’excellente. Les invités rient, dansent et chantent même…

    Judas m’attrape par la main et m’entraine vers l’estrade de bois servant de piste de danse. Il me fait tourner sous son bras :

    - Je suis content de te savoir enfin mariée à Laz ! Depuis le temps que j’attendais ce moment.

    - Pas autant que moi, si tu veux mon avis.

    Ma réponse le fait sourire, il m’attire plus près de lui :

    - Je sais que ça fait déjà quelques temps que Laz ne nous accompagne plus sur les routes et que tu étais largement en sécurité avec lui et ses sœurs… Mais, je ne sais pas, te savoir mariée à lui ça me rassure et ça me donne l’impression que je peux vraiment suivre Jésus, la conscience tranquille, en sachant que Lazare est bel et bien toujours avec toi.

    J’acquiesce :

    - Je comprends, Judas. Et même si tu me manques un peu, je suis heureuse que tu continues de suivre Jésus. Depuis que tu le connais, tu t’épanouis de plus en plus.

    - Il est vraiment exceptionnel.

    - Je ne te le fais pas dire !

    On échange un nouveau sourire. Sans plus se soucier du rythme des musiciens, Judas s’arrête et me tire contre son torse pour me serrer fort contre lui. Je ferme les yeux en lui rendant son étreinte tandis qu’il m’embrasse dans les cheveux.

    Mon grand frère adoré…

    - Puis-je un peu profiter de ma femme ? demande poliment la voix de Lazare près de nous au bout de quelques instants.

    - Oh dégage, marmonne Judas sans me lâcher. Je reprends bientôt la route alors que toi tu vas l’avoir pour toi tout seul.

    Mon époux rit :

    - Alors je veux un câlin, moi aussi !

    Ni une, ni deux, ses deux bras se referment autour de nous. Comme trois imbéciles heureux nous nous mettons à essayer de bouger sur la musique ambiante, sans nous lâcher pour autant. Le gros amas de chair humaine que nous sommes finis par trébucher et se casser la gueule hors de l’estrade. En riant comme des gamins, nous nous étalons, sans la moindre grâce, dans l’herbe avec une totale insouciance.

    - J’ai quelques mois de plus que toi, Laz, ça veut donc dire que maintenant je suis ton grand frère ! Tu me dois le respect et l’obéissance ! lance tout à coup Judas en lui ébouriffant sauvagement la tête.

    - Et puis quoi encore, vieux machin ? rétorque Lazare avec bonne humeur et en essayant de lui échapper. Si tu deviens un « vieux con », je ne vais certainement pas te respecter.

    - Jeune insolent !

    Alors que je les regarde se chamailler joyeusement, je remarque du coin de l’œil que Marie et Marthe observent d’un œil soucieux les quelques pichets de vin disposés sur la table. Laissant les garçons à leur enfantillage, je me lève pour les rejoindre :

    - Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Mes belles-sœurs m’adressent un sourire embêté :

    - Il n’y a plus de vin… Je suis pourtant sûre que nous en aurions assez pour tout le monde, mais il n’y a déjà plus rien alors que les gens sont à peine au plat principal…

    Bien que n’étant pas spécialement frivole de cette boisson, j’ai bien conscience qu’un mariage sans vin n’est pas forcément des plus appréciés.

    - Et il ne nous en reste pas en réserve ? Même d’un peu moins bonne qualité ?

    - Tu penses bien que je suis allée vérifier tout de suite, répond Marie. Mais nous n’avons rien de plus.

    Songeuse, je lève les yeux vers le ciel. Il est encore tôt…

    - Bon… Le mieux à faire, c’est encore d’aller vite en acheter. Vous pouvez vous en charger et ramener quelques bouteilles ?

    - Bien sûr !

    Je souris :

    - Alors ne bougez pas, je vais chercher de quoi payer !

    Immédiatement, je me précipite vers la maison de Lazare qui est à présent la mienne pour de bon. Je gagne notre chambre et fouille dans mon sac, à la recherche de mon porte-monnaie. Alors que je suis en train d’extirper quelques billets, la silhouette de Jésus se dessine dans l’encadrement de la porte :

    - Il y a un souci ?

    Je lui explique rapidement la situation :

    - Rien de grave, on manque juste de vin. Marthe et Marie vont aller en chercher.

    Son magnifique regard bleu-vert-doré se pose sur moi :

    - Range ton argent et vient avec moi, on va s’en occuper.

    Perplexe, je le dévisage en me demandant ce qu’il entend par là. Mais comme il s’agit de Jésus, j’ai appris depuis longtemps à ne plus poser de questions quand il dit des trucs bizarres. Intriguée, je range mon portefeuille et je le suis hors de la chambre. Ensemble, nous retournons dans le jardin et il se dirige vers le premier pichet qu’il ramasse et qu’il me tend :

    - Tient moi ça.

    J’obéis tandis qu’il attrape le deuxième, puis le troisième pichet… et qu’il se dirige ensuite vers la fontaine à eau installée pour le mariage près de la dernière table du buffet.

    En silence, je le regarde remplir le premier pichet avec l’eau en me demandant à quoi il joue. Son manège intrigue visiblement Lazare et Judas qui nous rejoignent :

    - Vous êtes en train de faire une blague aux invités ? demande Laz avec un grand sourire amusé aux lèvres.

    Jésus ne répond pas, il me tend le pichet plein et réitère le geste avec le deuxième. Je baisse les yeux vers le récipient qu’il m’a donné.

    - Mais… !

    Ce n’est pas un liquide clair qui est contenu là-dedans, mais un autre d’un beau rouge foncé.

    Judas écarquille les yeux et dès que Jésus a fini de remplir le pichet numéro deux avec l’eau, il l’en débarrasse pour regarder à son tour.

    - Du Vin ! s’exclame-t-il.

    Changer l’Eau en Vin fut le premier Miracle accomplit par Jésus.

    Le Premier d’une longue série qui s’étalerait sur pas moins de trois ans ensuite.

     

    Nous avions bien conscience que « quelque chose » s’était mis en route depuis peu. D’abord, il y avait eu l’épisode du Temple, puis ce Miracle… Pourtant, Jésus semblait attendre un peu, comme un signal. Je m’attendais à ce que lui et Judas repartent rapidement après le mariage, quelques jours après seulement, mais pourtant il s’écoula bien quinze jours avant que le moment décisif arrive. Un moment, malheureusement, qui jeta une ombre sur l’euphorie dans laquelle nous planions depuis quelques temps.

    Le Porteur de Lumière - Chapitre 8


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