• Deux jours après l’annonce de la mort de Jean le Baptiste, Jésus et Judas étaient repartis avec les deux disciples.

    Nous recevions régulièrement de leurs nouvelles, mon grand frère se faisait un point d’honneur à nous envoyer au moins une lettre par semaine. La popularité de notre Ami croissait un peu plus chaque jour et il arrivait même que j’entende parler de lui lorsque je me rendais au Marché de Lutéçarem. Jésus accomplissait de plus en plus de miracles et les gens se tournaient vers lui avec espoir. Des espoirs différents. Certains voyaient en lui un simple guérisseur capable de calmer toutes sortes de petits bobos et grosses blessures, d’autres voulaient le suivre pour être pardonnés et lavés de leurs péchés…  Certains savaient qu’il était de la famille de Jean, et ils espéraient qu’il allait tout faire pour venger la mort injuste de son cousin en déclarant la guerre aux Athés. Et d’autres se contentaient de vouloir écouter ses « petites histoires symboliques », même s’ils n’en comprenaient pas toujours le sens.

    La Mort de Jean avait déclenché quelque chose dans le pays. Un vent de révolte supplémentaire. Ceux qui savaient que Jean le Baptiste était innocent des meurtres commis en son nom et qu’il avait tout de même été condamné pour ce prétexte étaient scandalisés, outrés, révoltés… Ils voulaient renverser le Pouvoir pour le venger et ils espéraient bien avoir le soutien de Jésus, que ce dernier prendrait la tête de leur groupe de « rebelle ». Et ceux qui croyaient que Jean était bien coupable des meurtres voyaient en Jésus une menace à exterminer également, songeant aussi qu’il voudrait forcément se venger.

    Personne ne semblait comprendre que notre Cher Ami ne voulait PAS se battre ainsi, avec des armes, des meurtres, des attentats…

    Les Hommes ne songent-ils donc qu’à la Guerre, à la Mort, aux Conflits… ?

    Lazare était un peu plus blasé à chaque lettre que nous recevions de Judas. Celui-ci aussi semblait parfois extrêmement fatigué du comportement Humain.

    Jésus faisait des Miracles, à leurs yeux Jésus était donc un peu magicien et donc… Jésus pouvait surement accomplir quelques miracles pour se débarrasser de ces « ordures qui ont assassiné Jean ! »

    Ils ne voyaient pas qu’eux-mêmes étaient loin d’être irréprochables…

    Mais notre Ami ne se décourageait pas et continuait son voyage, inlassablement. Certains entendraient forcément son message et le comprendraient.

     

    ~

     

    «A Laz et Sara, 

     

    Nous sommes à présent douze constamment, au minimum. Dix Disciples nous suivent chaque jour, Jésus et moi, c’est officiel. Tous les jours, Jésus prêche, il raconte le même genre de petites histoires qu’il nous racontait à nous et que nous aimions tant. Lorsque j’ai un peu de temps, je les inscrits sur un carnet afin que nous n’oublions pas son Enseignement. Et quand il ne prêche pas, il accompli ses Miracles. Des centaines de personnes viennent le voir chaque jour, certains viennent vraiment de très loin ! Il est arrivé plus d’une fois que certain se battent pour avoir le droit de passer avant d’autres, on doit parfois intervenir pour calmer tout ce petit monde. Nous avons beau continuer à voyager en même temps, il est à présent loin le temps où nous étions juste nous deux. Je suis heureux de voir qu’il intéresse autant le Peuple, même s’ils ne comprennent pas souvent ce qu’il veut dire. Les gens sont trop terre à terre, ils ne pigent pas les symbolismes et les messages de certaines de ses histoires. Même parmi les dix autres Disciples, il y en a quelques uns que j’aimerai bien secouer parfois ! Nous sommes les privilégiés, ceux que Jésus à choisi et certains d’entre eux vont se disputer à mi-voix pour savoir lequel d’entre nous est le préféré du « Maître » comme ils l’appellent. Nous sommes pourtant censés être au-dessus de ces enfantillages… Heureusement, dans le lot, il y a Thomas. Il pose souvent des questions très pertinentes et je l’ai déjà entendu remettre les autres à leur place quand ils se comportent avec un peu trop d’immaturité. Il comprend les messages de Jésus. Lorsque ce dernier vient de finir de nous raconter une histoire et nous demande notre opinion ou un « qui a tort et qui a raison dans cette histoire ? » Thomas ne se trompe jamais. Dans ce groupe, il y a aussi Jehan. C’est le plus jeune de nous tous, il a tout juste seize ans, mais vous verriez à quel point il est attentif, curieux, passionné et ouvert d’esprit… Souvent, il me rappelle Lazare et moi, au même âge, c’est assez amusant.

    Au fait, nous allons surement revenir pour les Fêtes d’Avril ! Je tiens à ce que Jésus vienne dormir à la maison, au calme. Il a besoin de se reposer. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour essayer de filtrer un peu les visites qu’il aura certainement à ce moment là et pour que nous couchions les Disciples ailleurs.

    Je vous embrasse fort, tous les deux. Faites une bise de ma part à Marie et Marthe !

    Judas. »

    Je signe en bas du parchemin que je plie ensuite avec soin, avant de le glisser dans une enveloppe. Ma petite sœur devrait la recevoir d’ici une semaine si je parviens à envoyer le courrier demain. Les ronflements sonores provenant des deux pièces voisines me font soupirer. Nous nous sommes répartis tant bien que mal dans une maison où on a bien voulu nous accueillir pour la nuit. Ce n’est pas difficile de trouver un toit, tout le monde veut que Jésus dorme chez soi. Mais si ce dernier a toujours droit à une chambre à part, heureusement pour lui, nous autres devons nous partager le reste des lieux comme nous le pouvons. Et les ronflements de certains commencent à m’agacer prodigieusement, surtout quand ils se passent le relai. Guère enthousiaste à l’idée de rejoindre mes compagnons ronfleurs, je me lève des marches de l’entrée de la maison où je me suis assis pour écrire. Sur la pointe des pieds, je traverse la salle à manger squattée par les dormeurs et je pose ma lettre sur mon sac rangé avec les autres. Le sommeil ne me faisant pas envie, je retourne ensuite dans le jardin afin de respirer l’air frais de la nuit. Une lueur attire mon attention, provenant d’une fenêtre entrouverte. Je souris en constatant que c’est la chambre occupée par Jésus. Il a dû s’endormir comme une masse pour avoir oublié d’éteindre. En m’adossant contre le mur près de l’encadrement de la fenêtre, je lève les yeux vers la voute céleste, me demandant si son Père veille sur lui depuis « là-haut »  comme le font parfois les pères humains lorsque leurs enfants sommeillent dans leur lit.

    Combien de temps allons-nous continuer cette vie ? J’ai conscience que ce ne sera pas ainsi définitivement, il va bien falloir que ça s’arrête tôt ou tard. Son premier miracle date d’il y a environ trois ans maintenant. Un joli cadeau pour Sara et Lazare. Je me demande s’il ne l’a pas fait exprès…  Trois ans, déjà… C’est passé si vite. Combien a-t-il accompli de Miracles pendant ce laps de temps ? Enormément. Et les gens sont toujours plus nombreux. Il est maintenant encore plus connu que feu son cousin Jean. Ouais, Jésus devrait vraiment faire une pause avant de tomber malade. Quoique… est-ce que le Fils de Dieu peut tomber malade ? A bien réfléchir, je ne l’ai même jamais vu enrhumé. Petit veinard.

    Jusqu’où sa popularité va-t-elle s’accroître ? Les Croyants et les Athés le regardent de plus en plus d’un mauvais œil, je trouve ça inquiétant. Ils risquent de vouloir faire de lui un « exemple » comme ils ont fait avec Jean le Baptiste. Peut-être devrait-il se faire oublier pendant quelques temps…

    - Judas…

    Sa voix douce m’appelle, je tourne la tête vers la fenêtre entrebâillée. Il s’est retourné dans son lit, toujours couché, et me regarde.

    - Désolé, je ne voulais pas te réveiller.

    Je me décolle du mur en me disant que je devrais rentrer et essayer de dormir quelques heures.

    - Tu sembles bien soucieux, remarque-t-il.

    Après un instant d’hésitation, je fini par pousser les battants de la fenêtre que j’enjambe, et je pénètre dans la chambre.

    - Je m’inquiète un peu pour toi, c’est tout.

    Il me sourit :

    - Vraiment ? Pourquoi donc ?

    Sans bruit, je m’approche et m’assoit par terre, à son chevet :

    - Tu es épuisé, tu devrais prendre des vacances. Je sais bien que les gens que nous voyons chaque jour sont dans le besoin, mais tu vas finir par te tuer à la tâche.

    - Me tuer à la tâche… répète-il d’un air pensif comme si cette phrase avait quelque ironie.

    - Ne nie pas que tu es épuisé, Jésus. Le soir, tu t’endors sitôt que ta tête touche l’oreiller.

    Sa main se pose sur ma tête et caresse mes cheveux avec douceur :

    - Et ai-je l’air si fatigué, le matin, lorsque je me lève ?

    - Non… mais quand même. C’est vraiment sain, comme mode de vie… ?

    Il ne répond pas. C’est rare que mon Cher Ami laisse un silence s’éterniser ainsi, au point que je finis par tourner les yeux vers lui pour voir s’il ne s’est pas rendormi. Non. Ses yeux sont grands ouverts et il m’observe avec sa tendresse infinie qui me donne envie de me transformer en gros chat et d’aller ronronner au coin du feu. Sa main délaisse ma chevelure pour se poser sur ma joue et il murmure :

    - Ce mode de vie prendra bientôt fin, Judas Bien Aimé. Le Temps est à présent compté…  Je veux en accomplir le maximum avant la Fin.

    Des paroles qui ne me rassurent pas et qui nouent mes entrailles tandis que je répète à mi-voix :

    - La Fin…

    -… N’est que le Début d’un Nouveau Commencement, tu ne l’as pas oublié ?

    C’est vrai. Mais j’ai quand même peur. Peur parce que mon cœur pressent déjà ce qui va lui arriver sous peu. Peur de ce que sera Après. Et parce que je ne peux m’empêcher de Douter, de me demander s’il va vraiment falloir en passer par là.

    - Judas… ne laisse pas de mauvais sentiments s’emparer de ton Cœur.

    Je rougis, un peu honteux d’avoir ces pensées si bassement humaines alors que le Fils de Dieu est à mes côtés et que je dois avoir pleinement confiance en lui. Confiance. Mon Cher Ami connaît des choses qui nous échappe et je ne dois pas me contenter de ma vision, je dois me fier à ce qu’il Voit lui, à ce qu’il Sait. Comme toujours.

    - Je n’ai pas oublié, non.

    - N’oublie jamais que je ne peux pas accomplir mon Destin sans ton aide, Judas… Tu ne dois pas fléchir.

    Mon propre destin me donne envie de vomir et de sauter de joie en même temps. Que le Fils de l’Homme ait besoin de moi pour sa Destinée est un Immense Privilège, mais tout ce que ça inclus me tord les boyaux d’avance.

    Je prends une profonde inspiration pour chasser mes doutes, mes peurs en fixant Jésus dans les yeux afin qu’ils achèvent de m’apaiser. Je me laisse porter par son regard calme tandis que la confiance me revient.

    Il sourit une fois que je suis bel et bien redevenu Maître de moi-même et de mes émotions.

    Ses paupières se ferment tandis que sa main quitte ma joue. Je n’ai pas envie de partir et de retourner près des autres. En silence, toujours en restant assis par terre, je croise les bras sur le matelas occupé par mon Ami et j’appuie ma joue contre eux en guise d’oreiller. Et alors que je glisse lentement mais surement dans le sommeil, je sens nettement la main de Jésus se poser sur l’une des miennes et entrelacer nos doigts.

     


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  • Une lettre était arrivée au matin, adressée à Jésus. Il est extrêmement rare qu’il reçoive du courrier et tout de suite, ça nous a interpellés.

    Sans un mot, notre Cher Ami a lu les quelques lignes inscrites, son visage s’est teinté d’une profonde tristesse, puis il est sorti de la maison sans rien dire… cherchant visiblement à s’isoler. Lorsque Lazare et moi avons raconté cet épisode à Judas, son expression s’est immédiatement fermée :

    - Je ne vous l’avais pas dit pour ne pas gâcher votre bonheur mais… le jour où Jésus était au Temple, son cousin Jean a été arrêté par le Roi.

    La nouvelle me laisse sans voix. Je n’avais dû voir ce Jean que cinq ou six fois au cours de ces dernières années, mais je l’avais pris en affection. Lazare écarquille les yeux, tout aussi surpris :

    - Pour quel motif ?

    - J’ignore le motif officiel… La vérité, c’est que Jean le Baptiste commençait à prendre trop d’importance aux yeux des Souverains. Ils ont du se mettre en tête qu’il allait ériger une armée de Croyants pour renverser le Pouvoir. Ses interpellations du genre « vend tout tes biens et donne l’argent aux pauvres, tu seras alors sauvé par Dieu » ont commencé à les agacer sérieusement et ils ont pris ça pour des attaques personnelles. Et ajoutez à ça qu’il y a des vrais idiots qui ont tué des Athés, au nom de Jean, alors qu’il n’a absolument rien à voir là-dedans !

    - Les imbéciles ! crache Lazare. Ils n’ont rien compris, eux !

    Judas hoche la tête, le regard sombre :

    - Je pense qu’il aurait été facile de mener l’enquête et de prouver son innocence sur ces meurtres, mais vous pensez bien qu’ils ont été trop  contents justement d’avoir ce prétexte sous la main…

    Le visage triste de Jésus danse devant mes yeux. Je me mords les lèvres :

    - Alors cette lettre, tu crois que… qu’ils l’ont mis à mort… ?

    - Pas à ce point quand même… s’inquiète Lazare en regardant Judas avec l’espoir que ce dernier lui donnera raison.

    Mon frère baisse les yeux :

    - J’en ai bien peur, Sara.

    - Mais…

    La main de Judas se pose sur mon épaule :

    - Pour que Jésus puisse bien entrer en scène et que son Destin s’accomplisse, il fallait que Jean… parte. Si son cousin était resté, il aurait gardé sa popularité avec son Baptême et Jésus aurait alors perdu de son importance. A présent, Jésus est seul sur scène.

    - Le moment est donc venu pour vous de repartir… murmure Lazare. Et de montrer au Monde que le Messie est là…

    Ma gorge est nouée par le chagrin. J’ai de la peine pour Jésus. Nous savons qu’il a un grand Destin à accomplir, il est bien trop exceptionnel pour rester dans l’Ombre et ne jamais se faire remarquer. Mais, c’est à cet instant que je prends conscience que cette Destinée, aussi grande et belle soit-elle au final, sera forcément teinté par de douloureuses épreuves… aussi bien pour lui, que pour ses proches…

     

     

    Judas :

    Jésus est rentré tard, ce soir-là. Nous avions déjà dîné et les deux tourtereaux étaient partis se coucher. Moi, j’attendais son retour, je ne voulais pas qu’il aille au lit sans que je lui ai au moins exprimé ma compassion la plus profonde pour la mauvaise nouvelle qu’il avait reçu tantôt dans la journée.

    Je toque à la porte de sa chambre et j’entre sans attendre son accord. Il est accoudé à la fenêtre ouverte, le regard perdu dans le jardin.

    - Tient… Sara t’a préparé un petit casse-croûte.

    Je lui présente l’assiette sur laquelle repose un sandwich. Il le prend d’un geste machinal et commence à manger.

    - Je suis désolé pour Jean…

    Le regard perdu dans le lointain, Jésus répond à mi-voix :

    - Cela devait s’accomplir ainsi.

    - Oui, mais… ce n’est pas pour autant que c’est… plaisant à vivre.

    Sa tête se tourne vers moi. Ses grands et beaux yeux clairs me dévisagent tandis que j’ajoute à mi-voix :

    - Même le Fils de Dieu a le droit de pleurer ses morts… Tu es peut-être promis à quelque chose de grand, mais tu as aussi une part humaine…

    A croire qu’il attendait que je lui dise ça, que je lui donne cette permission. J’en suis persuadé, même s’il a été triste toute la journée, il n’a pas pleuré. Et là, je vois une larme briller au coin de son œil gauche et couler lentement le long de sa joue. Jésus pleure. Et c’est magnifique à voir...

    Je continue dans un murmure, désireux de faire mon possible pour le soulager dans sa Quête :

    - Tu sais que je suis là, Jésus, je serai toujours là pour toi… Devant les autres, je sais que tu dois adopter certaines attitudes pour montrer l’exemple et tout ça, mais avec moi, tu peux… être toi-même. Ne pas te forcer. Avec Lazare et Sara, tu peux aussi te laisser aller tranquillement. Tu peux compter sur nous à tout instant.

    Mon Ami acquiesce légèrement et pose le sandwich à peine entamé et l’assiette sur la commode près de lui. Un instant plus tard, sa main droite se pose sur mon épaule gauche et son front s’appuie sur mon épaule droite. Il ferme les yeux. Et je passe mes bras autour de lui, essayant de lui faire passer toute ma compassion et ma force, pour qu’il tienne le coup face au Destin qui se profile.

    Je resterai près de lui. Jusqu’au bout.


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  • Un ruban blanc, un autre or et un dernier argent relient ma main à celle de Lazare. Depuis ce matin, je me sens dans un état second d’euphorie totale ! Ses yeux de nuit glissent sur moi avec douceur tandis que j’entends comme un écho lointain la voix du Haut Placé qui annonce :

    - Vous pouvez à présent embrasser la mariée.

    Nos doigts toujours entrelacés, il m’attire contre lui et ses lèvres chaudes se posent délicatement sur les miennes. Aucun de ses baisers n’est pareil, malgré les années qui passent. Chacun d’entre eux est totalement unique.

    J’entends à peine les applaudissements enthousiastes de nos quelques invités, complètement emportée par le bonheur.

    Ça y est ! Nous sommes  officiellement ensemble et ce jusqu’à la Fin des Temps et même après ! Nous avons beau être en couple depuis plusieurs années à présent, j’ai l’impression de retomber amoureuse de lui chaque jour, aujourd’hui encore plus que les autres fois. Et je sais qu’il ressent la même chose.

    Mon époux tout neuf me serre contre lui en déviant ensuite ses lèvres sur le sommet de mon front. J’ai envie de m’isoler dans une bulle, rien qu’avec lui, et de planter les gens sur place, juste pour le plaisir de savourer cet amour qui nous unit encore et toujours.

    Lovée dans ses bras, j’aperçois mon grand frère qui applaudit à s’en faire mal aux mains, le sourire jusqu’aux oreilles et presque les larmes aux yeux. Près de lui, Jésus claque des mains aussi en nous observant avec un calme tendre et une vraie affection. Quant à Marie et Marthe, elles ont sorti les mouchoirs et s’essuient rapidement les coins des yeux, ravies de me voir entrer pour de bon dans leur famille.

    Je me sens si bien, là, à cet instant, entourée par tous les gens qui comptent pour moi. Heureuse de les voir tous là, en bonne santé, en vie… et j’aimerais que ça dure ainsi éternellement.

     

    Le portail qui sépare la maison de Marthe et celle où je vivais avec Judas n’existe plus. Pour l’occasion du mariage, nous avons décidé de l’enlever, reliant ainsi nos deux demeures ensemble via un unique et grand jardin. Des tables sont dressées au soleil, offrant un buffet presque royal et l’ambiance qui règne est plus qu’excellente. Les invités rient, dansent et chantent même…

    Judas m’attrape par la main et m’entraine vers l’estrade de bois servant de piste de danse. Il me fait tourner sous son bras :

    - Je suis content de te savoir enfin mariée à Laz ! Depuis le temps que j’attendais ce moment.

    - Pas autant que moi, si tu veux mon avis.

    Ma réponse le fait sourire, il m’attire plus près de lui :

    - Je sais que ça fait déjà quelques temps que Laz ne nous accompagne plus sur les routes et que tu étais largement en sécurité avec lui et ses sœurs… Mais, je ne sais pas, te savoir mariée à lui ça me rassure et ça me donne l’impression que je peux vraiment suivre Jésus, la conscience tranquille, en sachant que Lazare est bel et bien toujours avec toi.

    J’acquiesce :

    - Je comprends, Judas. Et même si tu me manques un peu, je suis heureuse que tu continues de suivre Jésus. Depuis que tu le connais, tu t’épanouis de plus en plus.

    - Il est vraiment exceptionnel.

    - Je ne te le fais pas dire !

    On échange un nouveau sourire. Sans plus se soucier du rythme des musiciens, Judas s’arrête et me tire contre son torse pour me serrer fort contre lui. Je ferme les yeux en lui rendant son étreinte tandis qu’il m’embrasse dans les cheveux.

    Mon grand frère adoré…

    - Puis-je un peu profiter de ma femme ? demande poliment la voix de Lazare près de nous au bout de quelques instants.

    - Oh dégage, marmonne Judas sans me lâcher. Je reprends bientôt la route alors que toi tu vas l’avoir pour toi tout seul.

    Mon époux rit :

    - Alors je veux un câlin, moi aussi !

    Ni une, ni deux, ses deux bras se referment autour de nous. Comme trois imbéciles heureux nous nous mettons à essayer de bouger sur la musique ambiante, sans nous lâcher pour autant. Le gros amas de chair humaine que nous sommes finis par trébucher et se casser la gueule hors de l’estrade. En riant comme des gamins, nous nous étalons, sans la moindre grâce, dans l’herbe avec une totale insouciance.

    - J’ai quelques mois de plus que toi, Laz, ça veut donc dire que maintenant je suis ton grand frère ! Tu me dois le respect et l’obéissance ! lance tout à coup Judas en lui ébouriffant sauvagement la tête.

    - Et puis quoi encore, vieux machin ? rétorque Lazare avec bonne humeur et en essayant de lui échapper. Si tu deviens un « vieux con », je ne vais certainement pas te respecter.

    - Jeune insolent !

    Alors que je les regarde se chamailler joyeusement, je remarque du coin de l’œil que Marie et Marthe observent d’un œil soucieux les quelques pichets de vin disposés sur la table. Laissant les garçons à leur enfantillage, je me lève pour les rejoindre :

    - Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Mes belles-sœurs m’adressent un sourire embêté :

    - Il n’y a plus de vin… Je suis pourtant sûre que nous en aurions assez pour tout le monde, mais il n’y a déjà plus rien alors que les gens sont à peine au plat principal…

    Bien que n’étant pas spécialement frivole de cette boisson, j’ai bien conscience qu’un mariage sans vin n’est pas forcément des plus appréciés.

    - Et il ne nous en reste pas en réserve ? Même d’un peu moins bonne qualité ?

    - Tu penses bien que je suis allée vérifier tout de suite, répond Marie. Mais nous n’avons rien de plus.

    Songeuse, je lève les yeux vers le ciel. Il est encore tôt…

    - Bon… Le mieux à faire, c’est encore d’aller vite en acheter. Vous pouvez vous en charger et ramener quelques bouteilles ?

    - Bien sûr !

    Je souris :

    - Alors ne bougez pas, je vais chercher de quoi payer !

    Immédiatement, je me précipite vers la maison de Lazare qui est à présent la mienne pour de bon. Je gagne notre chambre et fouille dans mon sac, à la recherche de mon porte-monnaie. Alors que je suis en train d’extirper quelques billets, la silhouette de Jésus se dessine dans l’encadrement de la porte :

    - Il y a un souci ?

    Je lui explique rapidement la situation :

    - Rien de grave, on manque juste de vin. Marthe et Marie vont aller en chercher.

    Son magnifique regard bleu-vert-doré se pose sur moi :

    - Range ton argent et vient avec moi, on va s’en occuper.

    Perplexe, je le dévisage en me demandant ce qu’il entend par là. Mais comme il s’agit de Jésus, j’ai appris depuis longtemps à ne plus poser de questions quand il dit des trucs bizarres. Intriguée, je range mon portefeuille et je le suis hors de la chambre. Ensemble, nous retournons dans le jardin et il se dirige vers le premier pichet qu’il ramasse et qu’il me tend :

    - Tient moi ça.

    J’obéis tandis qu’il attrape le deuxième, puis le troisième pichet… et qu’il se dirige ensuite vers la fontaine à eau installée pour le mariage près de la dernière table du buffet.

    En silence, je le regarde remplir le premier pichet avec l’eau en me demandant à quoi il joue. Son manège intrigue visiblement Lazare et Judas qui nous rejoignent :

    - Vous êtes en train de faire une blague aux invités ? demande Laz avec un grand sourire amusé aux lèvres.

    Jésus ne répond pas, il me tend le pichet plein et réitère le geste avec le deuxième. Je baisse les yeux vers le récipient qu’il m’a donné.

    - Mais… !

    Ce n’est pas un liquide clair qui est contenu là-dedans, mais un autre d’un beau rouge foncé.

    Judas écarquille les yeux et dès que Jésus a fini de remplir le pichet numéro deux avec l’eau, il l’en débarrasse pour regarder à son tour.

    - Du Vin ! s’exclame-t-il.

    Changer l’Eau en Vin fut le premier Miracle accomplit par Jésus.

    Le Premier d’une longue série qui s’étalerait sur pas moins de trois ans ensuite.

     

    Nous avions bien conscience que « quelque chose » s’était mis en route depuis peu. D’abord, il y avait eu l’épisode du Temple, puis ce Miracle… Pourtant, Jésus semblait attendre un peu, comme un signal. Je m’attendais à ce que lui et Judas repartent rapidement après le mariage, quelques jours après seulement, mais pourtant il s’écoula bien quinze jours avant que le moment décisif arrive. Un moment, malheureusement, qui jeta une ombre sur l’euphorie dans laquelle nous planions depuis quelques temps.

    Le Porteur de Lumière - Chapitre 8


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  • Adossée contre l’un des murs du Temple, je retiens presque mon souffle tandis que Jésus parcourt du regard les lignes des Anciens Ecrits qui sont étalés sous ses yeux. A mes côtés, Lazare est tendu et je le vois échanger un regard avec Judas, appuyé lui contre le mur en face.

    Les  Hauts Placés du Temple font un signe de tête à notre Ami  pour l’inviter à commencer sa lecture. Sa voix douce et ferme s’élève dans le silence des lieux :

    - « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour annoncer la Bonne Nouvelle aux Pauvres, il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la Délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de Grâce du Seigneur. »

    Une fois le texte récité, Jésus relève lentement son regard de Lumière vers l’assemblée présente et achève le plus naturellement du monde :

    - Aujourd’hui, cette parole est accomplie.

    Un murmure de stupéfaction parcourt la foule. J’échange un léger sourire complice avec mon grand frère et Lazare, mais les Hauts Placés sont loin d’être ravis et l’un d’eux s’avance vers mon Ami, mécontent :

    - Qui es-tu pour oser proclamer une telle chose ?

    - Que veux-tu dire par là ? ajoute un autre en écartant précipitamment le Livre que Jésus vient de lire, comme si sa simple présence risquait de le contaminer.

    -La Prophétie d’Esaïe ne peut être accomplie que par la venue du Messie !  s’écrie un troisième outré.

    Le sourcil droit de Lazare a un spasme d’agacement tandis qu’il croise les bras sur son torse en murmurant entre ses dents :

    - Qu’ils sont aveugles !

    Loin de se laisser démonter par leurs réactions, notre Ami rétorque :

    - Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards !

    - Et toc ! marmonne mon fiancé.

    Je ne peux m’empêcher de sourire devant ce commentaire. De son côté, Judas approuve d’un vigoureux hochement de tête et se tourne légèrement vers deux hommes à ses côtés, les deux Disciples de Jean le Baptiste qui les ont rejoint.

    - Repentez-vous, reprend Jésus, et croyez en la Bonne Nouvelle. Le Royaume des Cieux, le voici ! Il est au Milieu de Vous.

    Scandalisés, les Hauts Placés protestent vivement tandis que les gens présents semblent on ne peut plus perdus. Certains fixent Jésus avec un espèce d’espoir, comme s’ils voulaient croire à ce qu’il vient de dire. D’autres estiment qu’il est vraisemblablement fou à lier. Quelques uns, une minorité, semblent franchement le croire et murmure des prières de remerciements à mi-voix.

    Un groupe à l’air mécontent s’avance franchement vers Jésus et pendant un instant mon cœur cesse de battre, sous la crainte qu’une émeute éclate ici, maintenant et que ça se termine mal. Lazare se redresse, prêt à intervenir pour aller aider s’il le faut. Judas, lui, n’a pas attendu et vient de poser la main sur le bras de notre Ami et le guide vers la sortie tandis que les deux autres Disciples s’interposent entre eux et le groupe pour qu’ils puissent s’en aller sans difficulté.

    - Viens, me souffle Lazare en m’entrainant également vers la sortie.

    Je le suis, un peu anxieuse. Les personnes présentes en ce lieu sont en train de se disputer, des éclats de voix jaillissent mais heureusement il semblerait qu’une bagarre ne soit pas à l’ordre du jour. La stupéfaction est trop grande pour eux et ils sont plutôt soulagés de voir le « Blasphémateur » quitter les lieux, ils ne cherchent pas à le retenir.

    Nous rejoignons Jésus et mon grand frère dans une petite rue à l’écart du Temple, vraisemblablement les garçons avaient déjà prévu ce point de rendez-vous, ils se doutaient que ça n’allait pas « bien » se passer.

    - Alors, commente Lazare, tu t’attendais à une autre réaction de la part de ces gens ?

    Jésus hausse doucement les épaules :

    - Un Prophète n’est jamais reconnu dans sa propre patrie.

    Qu’il considère cet endroit comme chez lui me fait chaud au cœur. Surement devine-t-il mes pensées, car notre Ami m’adresse un léger sourire. Mon grand frère secoue la tête :

    - J’adore l’ironie, n’empêche. Ce sont les Croyants qui attendent le plus le Messie et lorsqu’ils l’ont sous le nez, pfiou, il n’y a plus personne et ils ne voient plus rien.

    - En attendant, je me réjouis que ça ne se soit pas terminé en émeute, ajoute Laz en me caressant machinalement les cheveux. Ne m’en veux pas, Jésus, je sais que tu dois accomplir certaines choses, mais n’oublie pas que Sara  et moi nous avons notre mariage, demain. Il aurait été dommage que la fête soit gâchée… ou que tu sois présent avec un nez cassé.

    - C’est vrai que ça serait moche que tu sois abimé, ne puis-je m’empêcher de commenter. Merci, d’ailleurs, d’avoir prit le temps de venir pour l’occasion, c’est un vrai honneur !

    Le Fils de Dieu acquiesce légèrement :

    - Je vous le dois bien, Sara.

    Encore une phrase à la sauce Jésus. Par moment, j’ai presque l’impression qu’il s’excuse d’être entré dans nos vies.

     


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  • Jésus est resté parmi nous plusieurs mois, s’adaptant à notre famille comme de rien. Judas et Lazare se passionnaient pour ce qu’ils disaient, ils l’écoutaient toujours avec une extrême attention et tous trois pouvaient passer des heures entières à échanger leurs points de vu sur bien des questions. Jamais je ne les voyais se disputer et plus le temps passait, plus leur complicité croissait sous mes yeux. Au point que lorsque Jésus voulu reprendre son voyage, non sans promettre de revenir, Judas et Lazare voulurent l’accompagner. Je ne pouvais que comprendre cette soif de savoir qu’ils partageaient et je souhaitais aussi partir avec eux et Jésus sur les routes, mais j’avais conscience que si mon frère s’en allait je devais rester en arrière pour continuer à faire tourner la maison. Lazare se montra tout de même un poil plus hésitant. Son envie de suivre Jésus crevait les yeux, mais ses yeux étaient aussi posés sur moi et il ne souhaitait pas me laisser trop en arrière pendant une période indéterminée. Au final, j’ai encouragé Lazare à partir aussi, mais en lui faisant promettre de revenir pour les fêtes et de m’écrire le plus souvent possible.

     

     

     

    Plusieurs années s’écoulèrent ainsi, tous trois parcouraient les routes ensemble mais nous recevions souvent de leurs nouvelles. Ils revenaient régulièrement à la maison tout de même et plus d’une fois ils amenèrent Jean avec eux, le cousin de Jésus. Un singulier personnage que ce Jean d’ailleurs. Comme Jésus, il dégageait indéniablement quelque chose, mais il était beaucoup plus révolté dans ses propos et ses paroles pouvaient se révéler parfois extrêmement provocatrices. Cependant ce côté rebelle se mariait à merveille avec le calme exemplaire de son cousin.

     

    Alors que le temps filait, les semaines, les mois et les années, Jean finit par suivre son propre chemin. Il baptisait les gens pour que les péchés de ces derniers soient pardonnés et son influence commençait à s’étendre bien au-delà des frontières. Les rumeurs de la venue du « Messie » tant attendu circulaient mais lorsque l’on questionnait Jean, surnommé alors « Jean le Baptiste », à ce sujet, il répondait simplement qu’il n’était pas le Messie mais qu’il préparait en quelque sorte sa venue.

     

    Lazare commença également de son côté à ne plus accompagner systématique notre Ami lorsque ce dernier repartait de chez nous. Il voulait se poser, décrétant qu’il allait avoir bientôt trente ans, qu’il avait profité de sa jeunesse pour découvrir le monde et qu’à présent il souhaitait simplement rester à mes côtés pour le reste de son existence.

     

    Par contre, Judas restait fidèle à Jésus. J’ai envie de dire que mon frère et notre Ami étaient faits pour se trouver. Bien entendu, Lazare restait toujours son meilleur ami, son frère de cœur et tout le blabla qui peut aller avec … mais Judas et Jésus c’était… autre chose.

     

    Quelque chose de puissant.

     

    Il y avait de l’Amour entre eux.

     

    Pendant un temps, j’ai bien cru qu’ils étaient ensemble, en couple, quelque chose dans ce style, tellement ils étaient fusionnels. En réalité, je n’ai pas la moindre idée de si c’est le cas, si ça a été le cas ou si ça sera le cas et je m’en fiche royalement. Ils sont unis. Ils se comprennent parfois d’un simple regard. A chacun de leur retour, mon grand frère revenait plus épanoui, plus sage encore et plus d’une fois j’eu la nette impression qu’il avait en lui la même lumière qui faisait briller les yeux de Jésus de son éclat si particulier. Chez Judas, cette lueur dans le regard est plus fugace, plus rapide, mais elle est présente et elle croit au fur et à mesure qu’il côtoie cet Homme. Il y a peut-être un amour charnel entre eux, mais ce n’est pas là l’important. Un Puissant Amour Spirituel les lie, ils sont comme deux âmes sœurs et Judas rayonne quasiment en sa présence. C’est beau à voir…

     

     

     

    ~

     

    Lettre de Judas à l’Affreux Lazare et à la Jolie Sara

     

     

     

    - Comment ça « affreux » ?! s’exclame mon doux fiancé en lisant la première ligne du courrier reçu à l’instant.

     

    Je ris en le lui prenant des mains, heureuse de voir que malgré le temps ils continuent de s’envoyer des petites taquineries.

     

    - Passe au lieu de râler ! Ils étaient censés rejoindre Jean près du Fleuve du Jourdain, Jésus devait faire un truc important, non ?

     

    Laz acquiesce en passant un bras autour de mes épaules et lit à mi-voix par-dessus mon épaule :

     

    « J’espère que vous allez bien tous les deux, ainsi que Marie et Marthe !

     

    Comme convenu, nous avons rejoint Jean il y a peu. Vous verriez le monde qui vient l’écouter ! Même des personnes haut-placé viennent écouter ses conseils –qu’ils comprennent souvent de travers d’ailleurs- et j’ignore combien de personnes il baptise par jour, mais en tout cas ça fait beaucoup ! Il a même des « Disciples » qui le suivent dans ses quelques déplacements. C’est tellement impressionnant. Mais pas autant que ce que je vais vous raconter.

     

    Nous le savions depuis longtemps, n’est-ce pas ? Que notre Jésus est Celui que nous attendions. Le Fils de Dieu. Si quelques personnes s’en doutaient aussi, je crois qu’à présent sa réputation va aller en grandissant un peu plus à chaque instant et je dois avouer que je suis bien heureux d’être déjà présent à ses côtés.

     

    Curieux de voir comment procédait Jean exactement, je suis descendu tôt ce matin sur les bords du Fleuve. Il y avait déjà quantité de monde. Les gens entraient en masse dans l’eau en le suppliant de les laver de leurs péchés. Inlassablement, Jean se penchait, ramassait l’eau dans ses mains et la versait sur leur tête en disant « Que le Seigneur t’offre une nouvelle vie », « Qu’Il répande ses bénédictions sur Toi. », « Il T’accordera le Pardon que si tu le désire vraiment dans ton Cœur ».

     

    Je me demande quand même combien de personnes accomplissent ce geste avec sincérité… mais passons. Des moments, je me dis que j’aimerai bien imiter son exemple… Mais quand j’en parle à Jésus, ce dernier dit que nous allons faire la même chose mais de façon différente…

     

    Et Jésus est à son tour entré dans le Jourdain. »

     

    Lazare s’étrangle en lisant cette phrase :

     

    - Il est sérieux ? S’il y a bien un type irréprochable sur cette planète, c’est bien notre Jésus !

     

    - Apparemment, tu n’es pas le seul à avoir trouvé ça bizarre… Regarde la suite.

     

    « Jean est resté tétanisé en voyant son Cousin et il a dit :

     

    - C’est moi, qui ai besoin d’être baptisé par Toi… et c’est Toi qui viens à Moi.

     

    Jésus a sourit en répondant simplement : « Laisse faire ainsi, il est convenable que nous accomplissions ce qui est juste. »

     

    Et Jean a baptisé Jésus, il en avait presque les mains qui tremblaient.

     

    J’ai levé les yeux vers le Ciel à ce moment là et j’ai vu passer une Colombe. C’est avec certitude que j’ai même entendu une voix déclarer :

     

    « Voici mon Fils Bien-Aimé, en lui j’ai mis tout mon Amour. »

     

    Jean l’a entendue aussi, j’en suis certain, mais je me demande là encore si nous ne sommes pas les seuls…

     

    A la suite de ça, Jésus est sorti du Jourdain, comme n’importe quelle autre personne anonyme et m’a rejoint. Beaucoup n’ont vu à ce moment là qu’un homme comme les autres, mais ils comprendront bientôt qu’il n’est pas comme nous tous. J’ai l’intuition que quelque chose de grand se prépare avec lui, comme nous le pensions depuis que nous l’avons rencontré. C’est encore un peu flou pour moi parfois, mais j’ai confiance en Lui.

     

    Nous nous sommes éloignés ensemble et quelques minutes plus tard, nous avons été rejoints par deux hommes. Deux des fameux Disciples de Jean ! Ils ont appelé Jésus « Maître » et ont demandé à la suivre, il parait que c’est Jean qui leur a demandé en leur disant qu’il était « l’Agneau de Dieu qui ôte les Péchés du Monde ». Jésus a accepté, donc maintenant nous sommes quatre à voyager ensemble. Ce qui veut dire, mes petits chéris, qu’il va falloir ajouter deux couverts à votre banquet de Mariage, parce qu’ils seront là, bien entendu !

     

    Ne vous inquiétez pas, nous sommes largement dans les temps et déjà sur le chemin de la maison. Pour rien au monde, je ne veux rater le mariage de ma petite sœur adorée avec mon ami de toujours.

     

    Votre Judas ! »

     

     

     

    Lazare reste pensif un moment, le regard perdu au loin et déclare soudain :

     

    - Il va aller dans un Temple ensuite, j’en suis sûr. Peut être même celui d’ici.

     

    - Tu crois ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

     

    Il relit la lettre avant de répondre à mi-voix :

     

    - Jésus doit annoncer que la Prophétie est accomplie, que le Messie est là.

     

    Je m’inquiète :

     

    - Est-ce bien prudent… ? Athés comme Croyants risquent de très mal prendre une telle déclaration. Les premiers vont penser qu’il va prendre la tête des Croyants pour leur botter les fesses… les Seconds vont imaginer la même chose, ou même le rejeter parce qu’il ne veut pas répondre à la violence par la violence.

     

    - Faisons lui confiance, Sara, comme toujours, me rassure Lazare en embrassant délicatement mes lèvres. S’il y a bien quelqu’un qui sait ce qu’il fait, c’est Jésus.

     

    Un peu rassurée, je me blottis contre son torse chaud et ses bras rassurants :

     

    - Tu as raison. Et Judas est avec lui, il le protégera s’il le faut.

     

    - Exactement, murmure-t-il.

     

    Je ferme les yeux, écoutant le cœur de mon bien-aimé battre contre mon oreille.

     


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