• Le Royaume du Bonheur

    « Imaginez un royaume où il n’y aurait aucune souffrance : ce serait très déprimant. La joie d’être en vie ne peut être là que si vous savez ce qu’est la mort. La joie d’être en bonne santé, d’être capable de marcher, de courir et de respirer n’est possible qu’avec l’expérience de la mort et de la maladie. Il convient de réexaminer notre espoir, notre désir et notre aspiration de vivre dans un royaume ou un lieu dénué de souffrance.

     

    Ceux qui vivent dans ce royaume sont censés ne jamais souffrir et vivre dans un bonheur quotidien perpétuel. C’est aussi absurde qu’impossible. Une Terre pure, une terre de Bouddha ou le paradis, n’est pas un lieu où la souffrance n’existe pas. Ma définition du paradis, c’est un lieu où l’amour existe, où la compassion existe. Quand le bodhisattva de la compassion descend en enfer, l’enfer cesse d’être l’enfer parce que le bodhisattva y apporte de l’amour.

     

    L’amour ne peut exister sans la souffrance. On pourrait même dire que la souffrance est la base d’où jaillit l’amour. Si vous n’avez pas souffert, si vous ne voyez pas la souffrance des êtres, vous n’avez pas d’amour en vous et vous ne comprenez pas ce qu’est l’amour. Sans la souffrance, la compassion, la bonté aimante, la tolérance et la compréhension ne peuvent pas naître. Voulez-vous vivre dans un lieu où il n’y aurait pas de souffrance ? Dans ce cas, vous ne sauriez pas ce qu’est l’amour.

     

    L’amour naît de la souffrance.

     

    Vous savez ce qu’est la souffrance. Vous ne voulez pas souffrir ni faire souffrir les autres, de là votre amour. Vous voulez être heureux et apporter du bonheur aux autres. C’est cela l’amour. Quand la souffrance est là, cela aide à faire naître la compassion. Nous avons tous besoin de toucher la souffrance pour développer et nourrir notre compassion. C’est pourquoi la souffrance joue un rôle si important, même ici-bas, au paradis. Nous sommes déjà dans une sorte de paradis plein d’amour, mais il y a toujours de la jalousie, de la haine, de la colère et de la souffrance autour de nous et en nous.

     

    C’est parce que nous luttons pour nous libérer de l’emprise de la souffrance et des afflictions que nous apprenons à aimer et à prendre soin de nous-mêmes et des autres, pour ne pas infliger aux autres davantage de souffrance et d’incompréhension. L’amour est une pratique, et tant que vous ne saurez pas ce qu’est la souffrance, vous ne serez pas motivé pour pratiquer la compassion, l’amour et la compréhension.

     

    Personnellement, je n’ai pas envie d’aller dans un lieu où il n’y aurait pas de souffrance, parce que je sais que je n’y connaîtrais pas l’amour. C’est parce que vous souffrez que vous avez besoin d’amour. De par notre souffrance, nous savons que nous devons nous offrir de l’amour les uns aux autres. L’amour devient alors une pratique.

     

    Le Bouddha de l’amour, Maitreya, ne renaîtra jamais dans un monde dénué de souffrance. C’est ici-même qu’il renaîtra, parce que la souffrance est l’élément à partir duquel on peut créer de l’amour. Ne croyons pas naïvement qu’en abandonnant ce monde de souffrance, nous allons trouver un lieu qui s’appellerait le Nirvâna, le Royaume de Dieu ou la Terre pure. Vous savez que l’élément à partir duquel on peut créer de l’amour est notre propre souffrance et la souffrance dont nous sommes témoins chaque jour autour de nous. »

     

     

     

    ( extrait de « Bouddha et Jésus sont des frères » de Thich Nhat Hanh)

    Le Royaume du Bonheur

     


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